Industrie
Livre
Bernard Kleinhoff
 

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De l’art d’être industriel
Peu de surprises dans l’attendu «livre blanc» de l’industrie à l’Azuréenne, dévoilé la semaine dernière. Et beau consensus entre politiques, professionnels et responsables syndicaux. Comment aurait-il pu en être autrement ?

  Fin de semaine sur les chapeaux de roue pour le ministre de l’industrie. Point d’orgue d’une journée bien remplie, la restitution des conclusions du Livre blanc de l’industrie managé par Bernard Kleinhoff, le «Monsieur Industrie» Côte d’Azur. L’équilibre se veut respecté entre édiles et travailleurs : invités à la table ministérielle, outre Eric Ciotti, Dominique Estève et le préfet Francis Lamy, hôte d’un soir, Daniel Philippe, président de Schneider Electric pour la partie «terrain», et Antoine Marchese, salarié Schneider, représentant la CGT Métallurgie pour le côté syndicat. A Carros le mois dernier, Bernard Kleinhoff avait déjà évoqué quelques pistes : excellence, innovation, vertus de cette désormais célèbre fertilisation croisée que l’on aime à mixer à toutes les sauces. L’expérience azuréenne se voulait «boîte à idées» pour guider la France sur les chemins de l’industrie new look. Mais l’empreinte du ministre y est si visible que le suspense s’en est trouvé réduit. Même le sous-titre n’aura pas aiguisé les curiosités : «faisons des Alpes-Maritimes un pôle industriel de croissance durable et de qualité de vie.» Depuis l’OIN et les Etats Généraux de l’industrie, nous nous étions habitués à défendre la noble cause. Et c’est plutôt à un adoubement collectif de la politique estrosienne qu’à une révélation sur l’avenir que se sont livrées les troupes en présence. Le ministre voulait une «synergie totale», il l’a sans doute aucun obtenue.

Sur la photo :

Daniel Philippe (Schneider Electric), Bernard Kleinhoff et Antoine Marchese (Schneider) : patronat, institutions et salariat en rangs serrés derrière le ministre.

 
  L’exposé est bien rodé et le Livre chapitré avec précision : pour Bernard Kleinhoff, grand ordonnateur du projet, il s’agira de poser les bases et les questions, d’impliquer tous les acteurs derrière les préoccupations ministérielles, avec pour claire ambition d’adapter au niveau national cette forte ambition locale. Avec lui, c’est tout un département qui œuvre pour la survie industrielle de la France, un semestre tout juste après les Etats Généraux. Un élan solidaire et salvateur. Et Eric Ciotti ne s’y est pas trompé, en déclarant que «la principale utilité (du Livre blanc) vient de ses propositions qui pourront être expérimentées sur notre territoire et être déclinées à l’échelon national», rappelant l’implication, pour 400 M€, du Conseil général dans le plan de relance 2009 pour booster la croissance locale. Plan converti en chantiers, et chantiers convertis à leur tour en industrie. Car derrière le mot industrie se cache en fait l’entreprise au sens le plus large, ce qui réconcilie le département avec ce vocable souvent ignoré en nos contrées de PME, sauf peut-être du côté de Grasse où le mot n’a semble-t-il jamais fait trembler les foules dans le secteur du parfum.

Que préconisent Bernard Kleinhoff et ses forces vives industrielles ? La mise en œuvre d’une fédératrice «Maison de l’Industrie», recette déjà approuvée par Christian Estrosi dans le segment de la mode. Son petit nom : MITI (maison de l’industrie, des technologies et des industriels), qui devrait tout logiquement trouver sa place au cœur de l’Eco-Vallée. Qui donc pour la superviser ? «La présidence en serait confiée à un leader politique, le mieux à même d’incarner la vision et de fédérer les acteurs.» Intolérable suspense…

Mais il faudra aussi une industrie «d’excellence», tournée vers un penchant résolument durable, qu’il s’agisse de bâtiment, de transport… Tout comme ce plan d’amélioration de la relation donneurs d’ordre/sous traitants, sujet largement évoqué lors des Etats Généraux. Plan de promotion de la diversité, gestion collective des déchets sur les zones d’activités, plan de déplacements Entreprises cohérent et efficace, production d’énergie renouvelable, valorisation des actions industrielles, à l’école, en formation ou auprès du grand public, «l’ambition est de créer une véritable identité et de faire des Alpes-Maritimes un territoire internationalement reconnu dans le domaine du développement durable et de la qualité de vie.» Une OIN à grande échelle…

Au palmarès des secteurs à développer : les biotechnologies, la microélectronique et les télécommunications, les parfums et saveurs. Là encore, rien de très neuf sous le soleil. Côté filières nouvelles, le bâtiment intelligent, la mobilité douce, l’industrie spatiale et stratosphérique, les solutions durables pour villes côtières et, en option, l’utilisation du bois, avec un bémol malgré la présence de Gaston Franco: encore faudra-il en vérifier la pertinence. Simultanément, il s’agira de monter un «plan performances pour les entreprises industrielles, avec informations, orientation, accompagnement (expertises et conseils), financements dédiés et mesures spécifiques». Au final, place à une «charte industrielle azuréenne» cosignée par chefs d'entreprise, services de l’Etat, collectivités, institutions économiques et partenaires sociaux, charte accompagnée d’un «Pacte industriel azuréen», outil de mesure et de suivi.

Côté pratique, encore une recette éprouvée, avec la mise en place d’un «guichet unique» fédérant institutions et réseaux pour que tout entrepreneur y trouve un actif et immédiat soutien. Ou la création d’un «service communication & lobbying» : pas d’erreur, l’industrie du troisième millénaire est en marche. Même la CGT en vient à se préoccuper de l’image d’une activité azuréenne qui manque de punch. Et compte sur la fée Industrie pour rendre la confiance aux salariés, allant même jusqu’à s’emballer : «Donnons à nos historiens l’occasion d’évoquer les 50 Glorieuses du XXIème siècle».

En tribune, Dominique Estève ne bronche pas, et pourtant, les préconisations roulent sur les platebandes des missions de la CCI sans même s’en cacher. Et le «pacte industriel» rappelle ce frère «économique» signé UPE et Chambre à la veille des échéances électorales, tellement supplanté par ses cadets qu’on a bien du mal, aujourd’hui, à en cerner les lignes. Pour sûr, mis à part les filières spécifiques, ce Livre-là peut s’appliquer au département, à la France, à l’Europe… Mais c’est à Nice, et nulle part ailleurs, que le divin plan est né. Et n’est-ce pas là le principal ?

Isabelle Auzias

(Tribune Bulletin Côte d'Azur- Edition du 7 mai 2010)


Sur la photo :

Dominique Estève, Francis Lamy, Christian Estrosi et Eric Ciotti : le palais Sarde transformé en antichambre de l'industrie pour dévoiler les grandes lignes de l'opération azuréenne : rien de très neuf sous le soleil...