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Innovation : le département perd la main
L’Europe le remet dans la course, mais les règles du jeu doivent impérativement changer

  Innovation et PME. Partout les mots magiques sont agités : remèdes en France contre la désindustrialisation que les soit-disant Gaullistes et Socialistes ont mis 30 ans à découvrir, potions contre le déclin d’une Europe envahie par la paresse et l’assistanat… Député devenu l’avocat des aides et des financements européens dont le département, tout en prétendant le contraire, n’a jamais su se servir à la différence de nos voisins italiens, Gaston Franco parlera lundi soir de tout cela, mais en des termes bien plus choisis, à l’invitation des Dirigeants Commerciaux de France.

Au cours de ce dîner-débat au Sheraton de la Promenade des Anglais, il sera également question du projet Ermis, présenté la semaine passée à Sophia-Antipolis. Celui-ci s’inscrit dans la même démarche avec, cette fois, une obligation de résultat : doter l’Europe à l’automne 2012 – encore 3 ans de retard !- d’une sorte de «modèle d’innovation reproductible efficace» pour les territoires. Ces derniers n’auraient plus qu’à mettre en place les structures, les circuits cadres les plus appropriés, pour que l’esprit d’innovation puisse se transmettre et rayonner dans les très petites, petites ou moyennes entreprises, selon le directeur du projet Philippe Chéreau. La CCI, qui a décroché avec la CASA et 15 partenaires de 9 pays une aide de 1,5M€ pour y parvenir, a mis en piste une équipe de chercheurs de Skema (ex-Ceram). D’ici septembre, ils doivent «recenser tout ce qui s’est fait dans le monde afin d’identifier les pratiques probantes, recourir à des indicateurs mesurant l’efficacité des résultats, enfin présenter leur grille d’analyse». A partir de là, chacun des partenaires, parmi lesquels figurent des acteurs aguerris comme les Bolognais ou les Hollandais d’Eindhoven, va se situer et fournir les explications sur sa propre pratique. Ensuite, le modèle retenu sera expérimentalement testé par tous. Verra-t-on enfin naître en 2012, grâce à Ermis, notre propre «chaîne de l’innovation» ?

 
  Poser la question n’est pas y répondre. Car il y a quand même un paradoxe : celui d’avoir été retenu pour fournir un modèle sur les processus innovants à l’Europe quand nous-mêmes, en dépit d’auto-célébrations et autres congratulations permanentes sur notre prétendue créativité, pataugeons depuis deux décennies dans l’impuissance à en faire émerger tous les composants et à les assembler. Une université aux experts parfois brillants mais souvent aussi isolés, une technopole qui fut un modèle dans les années 80 mais doit toujours beaucoup trop aux étrangers, un habile brouillard de marketing territorial, et la subtile instrumentalisation d’enseignes parfois prestigieuses qui ne suppléent pas aux prestations défaillantes : financer, épauler, conseiller, documenter, accompagner ceux dont les brevets et les audaces pourraient se transformer rapidement en croissance à deux chiffres. Résultat : des TPE moins nombreuses, et surtout plus frêles.

Pour constater notre décrochage depuis 20 ans, il suffit de consulter les classements dans les journaux professionnels, de visiter à Rennes, Grenoble, Montpellier, les pépinières et les relais d’influence, d’écouter ici-même quelques grands patrons dans la recherche, l’industrie, les technologies… Et aussi quelques très rares élus confiant l’inanité de leurs efforts devant l’indifférence crasse des plus éminents collègues. Tandis qu’à l’étage au-dessous, c’est la guerre au couteau pour les fiefs, les prébendes, les préséances, les jalousies le disputant aux incompétences.

«On est repartis pour un tour» confie un consultant parlant du «consortium de l’innovation» bâti en 2008 par Jean-Pierre Giraudon. Président de l’incubateur PACA-Est, mais aussi patron de l’INRIA, grand laboratoire public de Sophia pourvoyeur en jeunes pousses pour ce même incubateur, il comptait regrouper sous cette marque et peut-être en un même lieu l’ensemble des intervenants de la chaîne idée/produit/marché. Le CICA, qui semble alors voué après d’interminables vicissitudes à être repris par la Caisse des Dépôts, en serait le point d’ancrage. Mais voilà que ladite Caisse des Dépôts et des Consignations empoche le prix de son étude de faisabilité et change d’avis sur l’acquisition… Puis le Conseil régional glisse une peau de banane plutôt que l’encouragement attendu, au prétexte que son Réseau régional d’innovation occupe déjà la place. Seulement d’assez loin, comme souvent pour tout ce qui vient de Marseille. Le pratique est sacrifiée au juridique. D’autres petites entourloupes locales n’ont pas facilité la chose.

Aux dernières nouvelles, le Conseil général aurait repris le bébé. Mais où va-t-il installer la pouponnière ? Car entre temps, l’Eco-Vallée prétend aussi à sa propre chaîne de l’innovation. Les derniers arrivés seront-ils les premiers servis selon le fallacieux précepte biblique, assorti à celui de la multiplication de pains ? On n’ose l’imaginer. Le bon sens commande que, au nom de toutes ses potentialités, Sophia patronne l’opération et que celle-ci chapeaute forcément l’ensemble des parcs d’activité du département.

Notre technopole et sa capitale (Nice évidemment !) pourraient dès lors prétendre, comme cela vient d’être formulé par la métropole toulousaine associée aux plus grandes entreprises aérospatiales, au titre «d’Institut de recherche technologique» et ainsi émarger au grand emprunt. Alors que pour le moment, au vu du dossier présenté, ce serait loin d’être assuré selon René Ricol, grand ordonnateur des deniers publics.

Dotée d’une sorte de comité directeur scientifique et industriel, une telle co-gérance institutionnelle et industrielle constituerait une vraie révolution des habitudes dans les Alpes-Maritimes, en même temps qu’une preuve, tangible cette fois, de son excellence dans la gouvernance. Et rêvons encore à une preuve probante de son adhésion à l’esprit du grand emprunt en faveur de l’intelligence, et l’avenir que donnerait Eric Ciotti en affectant à la rénovation du CICA, pour accueillir la chaîne de l’innovation, les 15M€ heureusement sauvés de la funeste fondation Hulot. Oui rêvons ...

Jacques Bruyas

(Tribune Bulletin Côte d'Azur - Edition du 30 avril 2010)


photo 1 : Cette quinzaine d'Européens répartis du nord au sud vont tester pendant trois ans, pour vous, chefs d'entreprise, les conditions optimales pour réussir le lancement de vos projets innovants.


photo 2 : Dans le département où l'on a de bonnes idées - ici le challenge des jeunes pousses 2010 pour susciter des vocations d'entreprises - l'on reste très pauvre en structures et services pointus d'accompagnement. Mais on s'en f...

 
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