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2060 : et si Nice devenait italienne ?
Côté créations d’entreprises, nos voisins transalpins ont définitivement gagné le match : s’ils sont nombreux à s’installer en France, et en particulier à Nice, nous nous montrons bien plus frileux pour franchir la frontière dans l'autre sens. Et les raisons sont multiples.

  Une nouvelle enseigne rue Gioffredo : la Casa della Piadina a ouvert en septembre dernier, et n’a rien perdu en tradition. La piadina, cette spécialité originaire de Romagne et «exportée» par Gianluca Bassi sur nos côtes azuréennes fait un tabac. Seul sur ce marché du sandwich chaud roulé dans une fine et croustillante galette de pâte à pizza, Gianluca Bassi n’a pas choisi Nice -et la France- par hasard : «nos deux pays se ressemblent, ce qui est bon chez nous l’est aussi à Nice. Et grâce à cette proximité, je peux importer mes produits et offrir la même qualité ici qu’en Italie.» Succès immédiat, et, pour Gianluca, l’envie d’aller plus loin, en ouvrant cette semaine une autre "Casa" dans le vieux-Nice, rue centrale, avec pour objectif avoué de créer une franchise et de s’étendre, petit à petit, à d’autres quartiers, d’autres villes. Ce qui a poussé ce transfuge de la mode milanaise à traverser la frontière et à endosser le tablier en cuisine : une attirance certaine pour la France, ses mœurs et coutumes administratives tant décriées qui pourtant lui semblent idéales pour lancer sa propre chaîne. Et l’atout d’arriver en terrain ami, avec un produit encore inconnu. Restaurants, pubs ou décoration-ameublement, ils sont de plus en plus nombreux à franchir le Cap Martin, et à réussir dans leurs secteurs respectifs. Question d’esprit… Une adaptation rapide que les Français, eux, ont bien du mal à exploiter.

 
  Champions d’Europe, les Italiens, dès qu’il s’agit d’investir hors de leurs naturelles limites territoriales. Dernier exemple en date : la reprise de WIPRO, à Sophia, par Accent, transalpin spécialisé dans l’intégration de technologie de communication dans les semi-conducteurs. Et les exemples ne manquent pas. Au contraire des Français qui s’expatrient, les Italiens, eux, ne regardent pas à la «taille» de l’entreprise : petites ou grandes, ils sont partout et investissent, là où seuls les grands groupes français tentent leur chance, en particulier dans le secteur de la grande distribution, en pleine expansion de l’autre côté de la frontière. Résultat : loin des marchés immobiliers ou du sacro-saint shopping, près de 1.600 groupes italiens (plus de 100.000 salariés) ont traversé la Roya. Ils s’appellent Mondadori, Borletti (récent acquéreur du Printemps), Autogrill, et viennent chercher chez nous des entreprises à «redresser». Comme Boscolo à Nice, qui en pleine crise, ouvre son Exedra, fleuron de l’hôtellerie sur Victor Hugo, pour 20 M€ d’investissement. La même somme sera remise sur la table pour la rénovation prochaine du Plaza. Dans le département, Imminence (immobilier), les jardineries Nova ou Ansaldo Breda, racheteur in extremis de STB à La Bocca, guettent les créneaux porteurs. Augier, filiale du groupe italien OCEM, spécialiste mondial de l’éclairage public, s’est installée à Carros, avec 75 emplois à la clef.

«Niveau travail, les Italiens ont beaucoup de compétences, mais dans un système sans réelles garanties, et c’est cela qui les pousse à venir en France» : Agostino Pesce, président de la Chambre de commerce italienne, invoque une «tradition» d’exportation vers la France qui ne se révèle pas forcément réciproque. Première incriminée : la structure-même de l’entreprise. Si la France se lance à l’étranger avec force capitaux ou de rares TPE, l’Italie, elle, exporte des PME-PMI. «En Italie, les capitaux des banques sont souvent contrôlés par des établissements français, mais ça ne se voit pas… Pareil pour les grosses sociétés, dans le BTP par exemple: les Italiens travaillent plutôt en sous-traitrance.» Leclerc, BNP, Adecco ou Société Générale, la «pieuvre française» (sans connotation sinistre aucune…) ne se montre pas.

Combien d’entreprises italiennes dans les Alpes-Maritimes ? «Difficile de le savoir», avoue le président Pesce. «Ce que nous savons, c’est que la France est le second pays d’accueil pour les investisseurs transalpins, après les Pays-Bas, mais devant les Etats-Unis ou la Grande-Bretagne. Et que les similitudes entre l’Italie et notre région rendent la Côte d’Azur particulièrement attractive.» Avec 28.000 résidents inscrits au Consulat général (soit quelque probables 200.000 habitants), l’Italie a choisi, et se défend souvent en appuyant sur le côté «cœur» de la démarche. Car en ses frontières, les inconvénients s’accumulent : immobilier plus cher, lois changeantes et compliquées, organisations professionnelles comme partenaires obligés pour éviter les tracas administratifs… «Rien ne marche là-bas, alors que nous avons l’un des pays les plus réactifs au monde, où l’on peut lancer une production en moins d’une semaine ! En France, c’est complètement impossible.» Mode, mécanique, ameublement, si l’économie souffre d’une concurrence avec des pays émergents comme la Chine, elle garde ses atouts dans le segment de la sous-traitance de qualité ou le développement de prototypes.

La crise passe et les Italiens se surpassent : l’importation de produits alimentaires a grimpé en flèche, et les entreprises à secourir se bousculent au portillon. «Nous sommes un vrai peuple d’entrepreneurs. Petite ou grande, l’entreprise fait partie de la famille. C’est… sentimental.»

La France, un Eldorado pour l’Italien économiquement correct ? «Oui, bien sûr, et depuis toujours. En Italie, les salaires sont bas, il n’y a pas de solution-chômage, il n’y a même pas de contrats de travail garantis. C’est sans filet, avec une législation que personne ne maîtrise.» Côté charges et impôts ? «C’est à peu près la même chose, mais les assurances par exemple y coûtent jusqu’à quatre fois plus cher.» S’il passe volontiers par la Chambre de commerce pour trouver un local, des aides financières, pour choisir un statut, l’entrepreneur en ressort tout étonné. «Et puis, la France, c’est chic!» A l’inverse, la TPE française a bien du mal à se faire aux règles italiennes, et préfère la collaboration plutôt que l’exil. Pour elle, peu de place pour des secteurs innovants, si ce n’est peut-être l’industrie du parfum. Et si la clientèle hexagonale, hormis agro-alimentaire et ameublement, se montre souvent méfiante à l’égard des «étrangers», et bien qu’à cela ne tienne, les PME-PMI à l’accent chantant ont une parade : le rachat d’une enseigne, en conservant personnel et clientèle. De quoi faire passer la pilule en douceur. Et gagner quelques parts de marché à la force du poignet. En 10 ans, même si le chiffre n’est pas officiel, elles seraient plus de 2.000 entreprises à avoir colonisé le département.

Isabelle Auzias

(Tribune Bulletin Côte d'Azur - Edition du 23 avril 2010)


sur la photo : Pour Agostino Pesce, si la France représente un attrait économique pour les entrepreneurs italiens, ce n’est pas la seule raison qui les poussent à s’exporter, familles comprises. Une histoire de cœur, qui dure depuis des générations en Provence. Nos grands noms du BTP local, célèbres au siècle dernier, ne sont-ils pas issus des vallées piémontaises ?

 
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