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Gênes : main tendue ou potentielle concurrence ?
La ville est belle et a retrouvé ses ambitions passées.
Fini le temps des incertitudes liées à une industrie en décrépitude : entre technopole et tourisme, la belle endormie se réveille.

  Par bien des aspects, Nice et Gênes se ressemblent : coincées entre mer et montagne, les deux villes ont connu leurs heures de gloire, l’une par les paillettes d’une aristocratie mondiale au garde à vous, l’autre par les feux d’une sidérurgie lourde et d’un trafic portuaire ancestral avec son lot d’activités de construction nautique induit. Toutes deux se rejoignent aussi sur la composition de leur économie : beaucoup de PME-TPE… La différence flagrante ? Un tissu local riche côté gênois, traditionnelle terre de banquiers aplatie au XXème siècle par la suprématie économique des Etats-Unis qui pourtant, sans elle et un certain Christophe Colomb, auraient mis sans doute bien plus de temps à émerger…

A l’heure des coopérations transfrontalières, Gênes voudrait bien «gommer» Vintimille et s’associer à Nice, qu’elle regarde ouvertement comme un gros gâteau. Non pour des raisons historiques, même si Garibaldi trône fièrement sur la Piazza de Ferrari, mais plutôt comme un exemple de ce qu’il reste à réaliser côté italien, sur des friches sectorielles encore quasi-vierges malgré les beaux coups d’élan de 1992 (célébrations des 500 ans du premier voyage vers les Amériques) et 2004 (quand Gênes fut élue capitale européenne de la culture). Ici, on lorgne d’abord sur l’aéroport international niçois, sur les congrès et sur un tertiaire bien structuré. On lorgne aussi sur Sophia et sur les innovations, pour asseoir le jeune et prometteur ITT (institut italien de technologie). C’est toute une ville de 600.000 âmes qui se cherche, qui se repositionne, et qui s’appuie sur ses voisines, qu’elles soient françaises ou italiennes. Et si les politiques, d’un côté comme de l’autre de la frontière, mettent bien du temps à organiser leurs éventuels partenariats, ce sont les chambres consulaires qui mènent l’assaut pour plus de célérité. Premier point d’achoppement : une ligne ferroviaire digne de ce nom pour relier les deux métropoles.

 
  Sur les ors du riche Palazzo Carrega Cataldi, siège de la toute puissante chambre de commerce et d’agriculture de la cité, le président Paolo Odone, dans un français quasi-parfait, ne cache pas ses ambitions transfrontalières. Son credo: «faire de Gênes la 3ème piste de l’aéroport niçois. Alors, le port de Gênes deviendrait tout naturellement le port de Nice.» Trois navettes aériennes quotidiennes entre les deux villes, il faudra aussi repenser le réseau ferré pour rendre la nouvelle Euro-région, entre Ligurie et Rhône-Alpes, plus cohérente. Une Euro-région qui implique d’abord de beaux et attendus crédits de l’Union Européenne, pour renforcer les infrastructures de transports, certes, mais pas seulement : «avec seulement 500.000 euros, l’on pourrait monter une campagne de promotion efficace commune entre les destinations Ligurie et Côte d’Azur», souligne Paolo Odone, réélu il y a quelques jours à la tête d’une CCI qu’il pilote pour un troisième mandat. S’il fait les yeux doux à Nice, c’est qu’il veut échapper à une option Lyon-Turin comme axe essentiel en Europe du sud. Et qu’un Nice-Gênes, sur mer, sur terre ou dans les airs, avec échappée vers l’Espagne, ne peut qu’être bénéfique à l’économie ligure. Un arc latin salvateur pour remplacer un précédent projet Gênes-Rotterdam non abouti.

L’épine vient du rail :
trois heures pour relier Nice à Gênes, «c’est beaucoup trop», grogne Paolo Odone. «C’est notre combat le plus important.» Entendez par combat d’énormes investissements en faveur d’une LGV à l’italienne (7,6Md€ pour le doublement du tronçon Gênes-Vintimille, avec mixité frêt/voyageurs, et la restructuration des liaisons et des quais). Côté mer, le vieux port se prépare à accueillir une nouvelle gare maritime (réalisée par le groupe français Altarea) : Gênes entend bien récupérer sa place d’honneur en terme de clientèle croisière, place convoitée par sa toute proche voisine Savone. «Il faut réamorcer notre potentiel. Il ne manque plus que 25 km de voies pour la liaison ferroviaire avec la frontière, et le président de RFF est un ami personnel…» Un atout supplémentaire pour Paolo Odone, qui précise que des études ont été lancées pour améliorer la partie française du réseau, et ainsi mettre l’aéroport de Nice à 1h30 seulement de sa ville. «Nous amènerions de 200.000 à 300.000 passagers en sus des vôtres.» En point de mire, la LGV Paris-Nice : lui y croit fort… «Et avec un peu de chance, les fonds pour une ligne Lyon-Turin, bloquée pour l’heure, seront rapatriés plus au sud.»

La «promotion globale de notre partie du monde»
passe aussi par un intérêt croissant, côté ligure, pour un tourisme à l’Azuréenne: marina à proximité du petit aéroport local avec anneaux pour bateaux de prestige (jusqu’à 90 mètres), respect d’une qualité de vie plutôt bien cotée (26ème site mondial pour une récente étude du Financial Times), et surtout gros effort pour faire ici une citadelle technologique digne de Sophia-Antipolis: «Nous y avons investi un milliard d’euros. Un positionnement affirmé (pôle de compétence robotique), de belles entreprises (Siemens, Ericsson), une faculté ITT (institut italien des technologies), nous avons une vision revue et corrigée après 40 ans d’expérience sophipolitaine. Et nous profitons aussi de financements européens pour l’instant favorables à la recherche. D’ailleurs, 400 chercheurs venus de tous les pays du monde se sont déjà installés sur le site.» Pourtant, Paolo Odone l’avoue et s’en inquiète, les relations avec Sophia sont peu marquées. «Il faudrait que l’on se rencontre plus souvent, pour concrétiser cette Euro-région dont on parle tant. Nous avons rattrapé notre retard. Le gouvernement a consenti un investissement de 90Ma pour équiper notre laboratoire. Notre ambition : être pôle de compétence, mais aussi pôle d’intelligence. Côte d’Azur et Ligurie, nous serions imbattables à nous deux…» Seul point positif pour l’heure : une participation gênoise sur le projet Iter-Cadarache. «Un projet extraordinaire, et nos entreprises y sont associées. Pourquoi ne pas amorcer plus de partenariats, comme nous le faisons avec le Piémont ? Je vous vois comme de compétents fournisseurs de services… Les collaborations ciblées paraissent inévitables. Les choses ne naîtront et n’avanceront que si l’on se parle.»

L’avenir ? Pourquoi pas commun,
donc, comme aux temps d’un Cavour, d’une Savoie qui jadis, fit de Gênes et de Nice deux jumelles au futur prometteur, au centre de la Méditerranée. En 40 ans, Gênes s’est peu à peu vidée, victime d’une crise industrielle sans précédent et de la disparition de ses plus éminents banquiers. «Mais les capitaux sont toujours là, même si le «gâteau» s’est réduit de 30%. Les Gênois face à la dernière crise ont épargné, avec des taux à deux chiffres… La consommation est donc prête à redémarrer. La recherche nucléaire devrait reprendre, nous en avons besoin en Italie où l’énergie est 30% plus chère que chez vous. Et notre économie locale s’en sort plutôt bien: les chiffres 2009 de l’exportation placent la Ligurie avec 9,5% de bénéfice, contre une chute de –20% au niveau national.» Loin d’être moribonde, Gênes ne se cache pas pourtant d’une certaine attirance pour le modèle niçois. «Pas pour copier, mais pour se compléter.» Reste à savoir si les bonnes volontés franchiront les barrières territoriales et linguistiques. Et là, Paolo Odone est confiant : «les chambres consulaires sont des ambassadeurs sans frontières, qui ont toujours cru en une Europe des régions telle que l’a dessinée Jacques Delors.» Peut-être que la Ligurie y croit tout simplement un peu plus fort que la Provence… Il serait pourtant dommage de fermer la porte à la belle et riche Italienne qui, devant un Milan saturé et vieillissant, se tourne aujourd’hui vers la France.

Isabelle Auzias

(Tribune Bulletin Côte d'Azur - Edition du 26 mars 2010)

 
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