Economie
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Alpes-Maritimes
 

Les grands décideurs du département mis au pied du mur
Cinq projets économiques présentés par un groupe de pression patronal.

Georges Dao, l'inspirateur, et Benoît Aonzo rêvent d'un patronat force de proposition ... et d'injonction, pour que les politiques cessent de gouverner dans le virtuel. Moment de vérité le 29 mars pour Alliance3D06 et pour l'avenir économique du département. Ce jour-là, le groupe informel, qui fédère une trentaine d'employeurs privés parmi les plus importants du département (4Mda de chiffre d'affaires pour 20.000 emplois), recevra les élus des grandes collectivités, patrons des chambres consulaires, directeurs généraux des services et hauts fonctionnaires de l'Etat pour une grande opération publique de "lobbying", un qualificatif arboré sans complexe dans un pays où les manipulations s'opèrent en coulisse. Même si Jacques Chibois (lobbyiste lui aussi) est ce jour-là aux fourneaux, c'est autour d'une table que se fera la cuisine économique.

Au menu, cinq dossiers que les patrons ont jugés essentiels pour que la contrée, riche d'atouts, cesse pourtant de figurer en queue de peloton des classements (notre édition du 5 mars) en dépit d'une langue de bois prétendant le contraire: l'Institut de développement durable, la mise en valeur de l'Eco-Vallée, la mobilité intelligente, le tourisme d'affaires, la chaîne de l'innovation. "Chacun rencontre une adhésion générale, mais aucun n'avance", commente Georges Dao, heurté par cette sorte de dilettantisme. "Depuis des années nous entassons les bonnes idées et les rapports, mais il y a comme une impuissance à passer à l'acte, en invoquant toutes sortes de bonnes raisons ", complète Benoît Aonzo qui, du privé à l'institutionnel (comme président de CCI), a sa petite idée. Dans cette glue paralysante, ils vont mettre quelques gouttes d'acide, sans polémique ni acrimonie. "Nous pouvons être des facilitateurs entre interlocuteurs qui derrière leurs barrières ne se parlent ni ne parviennent à agir ensemble." Et de citer le cas du virtuel Institut de développement durable dont ils ont obtenu que le premier bail soit signé par l'université, l'Epad OIN, rejoints peut-être très vite par SKEMA et les hôteliers. "Un acte suffit à dégripper la mécanique". En sera-t-il de même à l'Eco-Vallée d'où ne filtrent que des rumeurs sur des entreprises qui auraient postulé - en vain - à l'installation ? Ce que conteste pourtant la préfecture, sans dissiper un doute alimenté dans nos propres colonnes par une réponse ambiguë de Christian Tordo, président de l'Epad.

Qui croire ? Quand Jean-Pierre Mascarelli annonce la création de la "chaîne de l'innovation" au Cica comme "très prochaine"... depuis plusieurs années. Nous ne nous plaindrons pas à Tribune Côte d'Azur - où nous trouvions leur passivité incongrue - que les patrons sortent enfin le nez du guidon pour regarder l'avenir qui leur est préparé et aider à son accouchement, l'œil sur le calendrier d'exécution. Attention désormais aux promesses, messieurs les politiques ! Vous serez pris au mot par les décideurs. Et cloués au pilori par les journalistes. Si tout se déroulait ainsi, la France électorale ne connaîtrait pas un tel niveau de contestation et de déception.

Jacques Bruyas