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Stationnement : sévérité à attendre
Malgré le tramway, il n’est pas plus facile de se garer à Nice. ça agace la mairie, mais devrait réjouir les propriétaires de garages.
Benoit Kandel : le gendarme qui rêve de faire circuler la voiture au pas. Il est toujours aussi difficile de stationner en ville et il y a de quoi s’en étonner. Après des décennies d’asservissement au «tout auto», désormais tout est fait pour s’en débarrasser en misant sur le transport en commun. Il a connu un véritable coup de fouet avec la mise en service du tramway dont la fréquentation, en forte progression (+30%), exige un accroissement rapide des capacités, par la livraison (en cours) de 8 nouvelles rames, et du cadencement descendu de 7 à 5, puis bientôt à 4 minutes.

L’intention affichée par Christian Estrosi de faire de Nice «l’éco-cité modèle de la Méditerranée» s’est accompagnée d’autres mesures, comme la réduction de prix du ticket de transport ou les facilités de stationnement pour les 2 roues motorisés. Le linéaire des pistes cyclables, porté en 2 ans à 45 km, atteindra 125 km d’ici à la fin du mandat et le système Vélo bleu, dont le nombre initial (900 unités à l’été 2009) va pratiquement doubler (1.750) avec une extension du service à l’ouest de la ville jusqu’à Saint-Laurent-du-Var dans le courant de l’année, commence à rencontrer un indéniable engouement. Cause et conséquence probantes, l’occupation des parkings «de dissuasion» aux entrées de ville (Saint-Augustin, Nice nord…) est tout à fait satisfaisante.
 
Pascal Riboulet, un motard qui voudrait que, avec Sous l’effet de ces dispositions combinées, Nice connaît, comme la plupart des grandes villes du pays, un moindre usage de la voiture dans les déplacements urbains. Mais si le Niçois ne prend plus sa voiture pour un oui ou pour un non, il ne s’en est pas départi pour autant (le taux de motorisation continuant à croître de 3-4%) ni du besoin de la garer. Et c’est là où le bât blesse.

L'essor du «mode de locomotion doux» a provoqué, dans le grand centre, une réduction sensible de l’offre de stationnement sur la voie publique (rue piétonne, piste cyclable, couloir de bus…). Or elle n’a été que partiellement compensée par les parkings de dissuasion. Même au temps fort de l’auto (en remontant pratiquement à Jacques Médecin), Nice ne s’est enrichie (si on excepte celui du Palais de la Méditerranée) que de promesses. Nous n’aurons pas la malignité de pointer les divagations de contenance de celui de La Libération. Aux dernières nouvelles, il en serait (après les hurlements de l’ACQAMADE) à une capacité de 900-1.000 places, encore en deçà des 1.500 d’origine.

Aujourd’hui, le propriétaire d’un véhicule 100% électrique aurait fort à faire pour user du droit de stationnement gratuit que lui a gentiment offert la commune. Cadeau empoisonné comme le carte de résident qui, moyennant 1,50a par jour (7a pour une semaine), procure au particulier (1.250 abonnés en ce début mars) un droit sur un emplacement proche de son domicile dans une des 14 zones de stationnement payant de la ville. S’il conteste le qualificatif, Benoît Kandel admet tout de même que sa mise en œuvre n’ira pas toute seule. Le premier adjoint chargé du dossier devra préalablement libérer les espaces de voierie occupés indûment : d’abord par les épaves, 300 l’ont été l’an dernier dans toute la ville. Ensuite par les usagers qui sur les 7.551 emplacements payants ne s’acquittent en moyenne, faute de contrôle suffisant, que d’une petite partie du temps : 2h seulement par jour au lieu de 8. Conséquence: un manque à gagner et des encombrements, car «aux heures de pointe, 25% de la circulation est provoquée par la recherche de place».

En d’autres termes, et sans même penser à l’impact des travaux de percement de la ligne 2 du tramway, les «aubergines» ont du travail et la fin de la crise du stationnement n’est pas pour demain. Les promoteurs immobiliers ne sont donc pas menacés de rester avec des parkings sur le dos, comme c’était le cas dans les années 80. Au Carré Delfino, en face de TNL, l’immeuble n’est pas encore achevé que presque tous les emplacements sont vendus, les derniers avec 3.000a de rabais. Pascal Riboulet n’a lui pas pris en compte le futur durcissement de la répression municipale dans son calcul. Mais déjà, «à raison de 2a le matin, 2a l’après-midi, d’une amende par semaine au jeu du chat et de la souris, d’1/4heure pour trouver une place, soit 150 à 200a par mois sans compter le carburant et le temps perdu», l’achat d’un parking (40 à 50.000a fermé, autour de 30.000a ouvert) est amorti en 17 ans. A la différence de la plupart de ses confrères qui délaissent ce marché insuffisamment rémunérateur et n’ont en portefeuille qu’une ou deux unités, le jeune agent immobilier et membre de la Fnaim croit aux séductions des 5 à 7% de rentabilité sans les contraintes et risques du logement. Il vient de lancer «mongaragenville.com», une sorte de bourse pour fluidifier un marché où les acteurs communiquent mal.

Jacques Bruyas

(Tribune Bulletin Côte d'Azur – Edition du 12 mars 2010)