Interview
Philippe Brassac
Banque
 

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Banques : les enseignements de la crise
Rencontre avec Philippe Brassac, récemment élu secrétaire général de la fédération nationale du Crédit Agricole (FNCA), et directeur général du Crédit Agricole Provence Côte d’Azur.

Rencontre avec Philippe Brassac. TBCA : Les banques françaises ont-elles souffert pendant la crise ?

Philippe Brassac :
C’est l’image des banques dans leur globalité qui a souffert d’une diabolisation, parfois justifiée. Cette dernière crise nous a surtout montré qu’il ne fallait pas se laisser bouffer par le modèle anglo-saxon. Mais nous avons pu tirer quelques enseignements: la régulation des bonus, le renforcement des fonds propres… Qui aujourd’hui parle encore des subprimes, pourtant responsables en premier lieu de cette crise mondiale? On nous montre que le modèleaméricain marche mieux pour les entreprises, mais attention aux crédits non responsables…

TBCA :
L’Etat a-t-il sauvé les banques françaises ?

PB :
Pendant la crise, ce ne sont pas les banques qui ont été sauvées, mais les ratios. Le Crédit Agricole n’a rien perdu. C’est vrai, nous nous sommes rapprochés de notre«matelas». Mais aucune menace de faillite. 2,7 Mda de bénéfices en 2008, ce n’est pas énorme, mais c’est beaucoup plus qu’en 2001. A ma connaissance, hors BPCE (et encore…), aucune banque française n’a enregistré le moindre euro de déficit. Le véritable problème, ce sont les ratios, imposés par l’Europe et surtout par la France, qui nous clouent les pieds par rapport aux autres pays. Et pourtant, nous n’avons pas tort… Mais c’est une inégalité qui pèse lourd sur l’économie. Le rôle de l’Etat ? Nous avions passé la bosse de la crise financière quand il est intervenu. Ce ne sont pas ses milliards d’euros qui nous ont sauvés, mais bien le fait de nous avoir rassurés, d’avoir ramené la confiance sur le marché monétaire. Les 320 Mda annoncés se sont d’ailleurs arrêtés à 100.

TBCA : Il y a eu aussi la médiation bancaire…


PB :
Chez nous, elle a concerné 40 dossiers, et 23 ont finalement été acceptés alors que nous savons très bien qu’ils poseront problème… Mais il ne faut pas oublier qu’en 2009, ce sont 40.000 dossiers qui ont été conclus. Cela fait aussi partie des causes de diabolisation : comme un aggravateur, un accélérateur de la crise. Les mots ont fait plus de mal que les subprimes en clouant les banques au pilori.

TBCA : Le grand emprunt ?


PB :
La relance par l’investissement, on peut comprendre… si cela permet d’investir là où le secteur privé n’investit pas, ou moins. Le médical, la recherche… Oui, le principe n’est pas choquant.

TBCA : Le financement de l’industrie par l’assurance vie ?


PB :
C’est exactement le même principe qu’avec le livret A, créé pour financer le logement social…Tout n’est pas franchement réglé, même si le livret A est un produit qui marche plutôt bien.

TBCA : Quelle a été la stratégie du Crédit Agricole pour traverser au mieux les turbulences ?


PB :
Limiter nos activités sur certains secteurs en décroissance flagrante. Choisir, c’est aussi renoncer. Renoncer à de la rentabilité spéculative si l’on veut préserver la santé du groupe. Et cette année, nous voulons justement réaffirmer notre politique de groupe. Voilà l’un des enseignements principaux de cette crise : se recadrer sur une finalité. Avoir une véritable stratégie. Fonctionner sur des valeurs. Les banques auraient beaucoup à gagner en allant de l’avant dans leurs rapports de loyauté.

Propos recueillis par Isabelle Auzias

(Tribune Bulletin Côte d'Azur – Edition du 12 mars 2010)