Cinéma
La Victorine
 

Ecran noir sur La Victorine

Dix ans après sa reprise par le groupe Euromédia, les Studios Riviera se meurent. Seules quatre à cinq productions les ont réveillés par intermittence en 2009.

Le portique est à l'image de l'activité : un peu... maigre. La Victorine est plo
Plateaux noirs pour journées blanches», voilà un bien mauvais scénario pour l’ex-Victorine dont la situation peinerait François Truffaut : avec sa «Nuit Américaine», il y avait tourné son plus bel hommage au 7ème art. Devenus Riviera, les studios ont mal surmonté l’échec il y a deux ans de la série télé «5 Sœurs», produite par Marathon Group avec l’aide de la ville et du fonds de soutien du Conseil général. La production y mobilisait alors trois des plateaux avec 300 techniciens, acteurs et figurants, et l’on rêvait de se placer sur un nouveau marché. Il a vite fallu déchanter : désormais les régisseurs l’utilisent… pour y stocker du matériel et des véhicules. Ce fut le cas en 2009, pour «Five Killers», premier film américain à bénéficier du crédit d'impôt pour attirer en France les productions, ou pour «le Siffleur» de Philippe Lefebvre, «Un Balcon sur la Mer» de Nicole Garcia et «l’Italien», avec Kad Merrad. Pas de quoi générer une solide activité, d’autant que les équipes viennent avec armes et bagages exogènes.

 
Bien oubliées, les promesses de Jean-Pierre Barry, PDG d’Euromédia qui en 2000 obtenait de la part de la ville les clés des studios jusqu’en 2018. Il annonçait leur revitalisation par la délocalisation de tournages d’émissions télévisées à succès, du multimédia et le grand retour du cinéma…Aujourd’hui, les plateaux s’animent pour des mariages et des sessions d’examens du CAPES ! Et la trentaine de sociétés représentées s’y retrouvent pour l’adresse, car leur activité se fait ailleurs et pas uniquement dans l’audiovisuel. Seul Solid Sound, un studio d'enregistrement pour le cinéma (mais pas que…), a travaillé l’an passé pour le film d'animation en 3D d'Henry Selleck nominé aux Oscars. Et voilà que Dana Théveneau, figure emblématique des lieux, quitte le navire… Sale temps sur le cinéma azuréen.

 
Remerciée, Dana Théveneau... qui regrette la mauvaise volonté des exploitants
Nous avons remis en état les studios, mais entre temps, l’activité du site a subi les désagréments des travaux sur la voie rapide, et la crise économique…» se défend Dana Théveneau, directrice de développement des studios. C’était juste avant son éviction, et aujourd’hui, les langues se délient plus ouvertement: «Le groupe Euromédia ne m’a pas donné les moyens d’accomplir ma mission et notamment de mieux promouvoir le site à l’international. J’ai proposé des choses, on ne m’a jamais répondu. J’ai l’impression que le groupe voulait voir ce que je pouvais faire… sans moyens. Ce n’est pas correct car la concurrence est rude.» Elle s’interroge même sur une réelle volonté du groupe de développer le site. «Les studios ont pourtant un fort potentiel. Mais il faut une vraie stratégie, fédérant à la fois la ville, le Département et la Région aux côtés des studios. C’est cette offre globale qui permettra à Nice de s’imposer sur un marché difficile.» Promesses tenues pour le Conseil général, qui depuis 2006 alloue des subventions (750.000a en 2009) par l’intermédiaire de son fonds d’aide à la production cinématographique et audiovisuelle, quitte même à co-produire avec la Région PACA. Mais sur les projets épaulés, bien peu utilisent la Victorine à sa juste capacité.

Aussi les professionnels sur place sont-ils plus sévères. «Il y a un flagrant manque de volonté du gestionnaire», constate Antoine Sabarros de Bay Vista, société prestataire pour le cinéma, la télévision et la publicité. «Comment comprendre que ce soit le gardien des studios qui s’occupe du standard ? Il ne parle pas anglais pour répondre aux appels internationaux…» L’image de la Victorine reste pourtant des plus mythiques outre-Atlantique. «En Espagne, et de la volonté des politiques, les studios d’Almeria font le plein. Ici, les artisans disparaissent et les prestataires s’en vont.» Et lorsqu’on parle de cinéma sous le soleil, l’on pense à d’autres provençales contrées : «Nous nous sommes installés ici pour l’adresse, mais nous travaillons à Marseille et à Aix, qui proposait la gratuité des sites de tournage avant que Nice ne l’adopte enfin, grâce à l’intervention d’Odile Chapel», complète Gilles Houssinger de Reg’gliss (prestataire pour la publicité photographique et les catalogues). Implantée à la Victorine en 2000, sa société a aidé en 2009 à la réalisation des publicités pour Gucci et autre Nissan Cube, sous l’objectif du photographe de mode et d’industrie Jean Daniel. «Marseille a de façon intelligente réussi à se positionner dans l’audiovisuel, alors que nous avions les studios et une vraie vocation sur le créneau», déplore Michel Cinq de Michel 5 Productions, prestataire de service pour la télévision basé aux Studios Riviera. En 20 ans, j’ai connu quatre repreneurs, et les actuels sont loin d’être les meilleurs…» Les sociétés installées se plaignent des loyers, ou encore du montant excessif des prestations sans contrepartie. «Je travaille depuis 1991 à la Victorine, je ne survis qu’en travaillant à l’extérieur», déplore Yves Moreau, décorateur qui a participé à quelques belles aventures, de «Ronin» à «l’Homme de la Riviera». «Ces studios constituent un patrimoine unique, je ne comprends pas que la ville et l’exploitant les laissent sombrer. Marseille affiche une réelle volonté politique qui devrait nous inspirer : au lieu de ça, l’exploitant se contente de louer des bureaux à des sociétés dont les deux-tiers n’ont aucune activité dans l’audiovisuel».

Clap de fin pour les studios ? L’américain Rex Ingram, qui avait donné l’impulsion à la Victorine dans les années trente, était pourtant convaincu que la région niçoise avait tous les atouts pour devenir l’équivalent européen des ambiances hollywoodiennes de Los Angeles. En 2010, les studios pourraient se développer dans la télévision et l’imagerie numérique. Mais l’emploi du conditionnel reste toujours de mise…

Michel Bovas

 

CA SE PASSE AILLEURS…

Imaginez, au terme d’un Festival de Cannes, une enquête dans un grand quotidien économique consacrée aux activités débordantes des studios de la Victorine… C’est ce qui s’est passé, mais pour les studios de Babelsberg à l’occasion de la 60ème Berlinale ; ils ont décroché en peu de temps pas mal de superproductions, notamment américaines. En bon journaliste, l’auteur profite pour faire un panorama des grands lieux de tournage européens. Dût notre fierté en souffrir, il n’est rien dit sur la Victorine, qui ne fait visiblement pas le poids entre Cinecitta, Pinewood à Londres, Barrandov à Prague et bientôt la Cité du cinéma de Luc Besson à Paris. Les conditions favorables d’accueil de Berlin sont énumérées : existence d’un fonds de soutien au cinéma, ville

formidable à vivre et accessible, campagne environnante, management des studios qui comprend parfaitement les besoins des producteurs et réalisateurs… Tout à fait Nice, non ?

Jacques Bruyas

 
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n°521 du 29 janvier

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