Environnement
Développement durable
 

Préalpes d'Azur : "plus usine à gaz que parc naturel"

Pour Fabrice Lachenmaier, maire du Mas, le futur périmètre fait une trop grande place à la sauvegarde de l'environnement en s'écartant des besoins des habitants.

Fabrice Lachenmaier défend son terroir et son environnement
La volonté de protection de cet espace naturel, si honorable soit-elle, fait l'impasse sur les véritables besoins des petites communes qui le composent." Pour Fabrice Lachenmaier, maire du Mas (150 habitants), pourtant à l'initiative du projet, il faut aujourd'hui replacer l'homme au cœur du futur parc.

Le périmètre n'englobait à l'origine que 20 communes du haut-pays grassois, élargi désormais à 49 : "Il y a trop de disparités. La maîtrise du projet quitte son bassin originel pour s'exprimer dans une stratégie départementale, voire régionale. Oui, ce projet nous échappe". Et le maire liste les problèmes rencontrés : "La desserte en eau potable d'un ensemble de 40 maisons du Mas n'est pas bouclée. Le Département estime l'investissement trop onéreux... Le transport scolaire est inexistant. Les services publics nous quittent. Beaucoup de zones d'ombre demeurent pour la téléphonie mobile. France Télécom, opérateur public et historique, se refuse à renforcer le réseau téléphonique ou le haut débit car le nombre d'habitants est insuffisant. Certaines portions de routes sont très dégradées. Les infrastructures électriques sont défectueuses ou obsolètes. Par bien des aspects, notre territoire est sous-développé. La protection de la nature ne doit pas négliger l'homme qui y vit et qui contribue à sa sauvegarde. Et notre Communauté de communes de Mont d'Azur ne peut les assumer, faute de moyens financiers".



La charte des Préalpes d'Azur, rédigée récemment par un cabinet d'étude, représente à ses yeux une contrainte supplémentaire : "Nous avons souligné l'isolement de la vallée médiane Aiglun /Le Mas /Saint-Auban des grands axes touristiques, la faiblesse de sa dimension culturelle... Ce parc naturel régional devient une usine à gaz qui ne tient pas compte de nos spécificités. Une grande partie de ma commune est déjà classée en zone Natura 2000 ; si on y ajoute les contraintes du parc, on ne pourra plus engager le moindre projet." Et d'énumérer ses priorités : création d'emplois, renforcement du tissu associatif, développement d'un dynamisme culturel inter-générationnel... Dernière crainte : le fait que le futur site ne soit qu'une entité administrative de plus, accroissant les dépenses publiques, édictant des règles et brouillant un peu plus encore la compréhension du fonctionnement des institutions. Un comble à l'heure de la réforme des collectivités territoriales. La belle unanimité semble se fissurer, à moins que d'ici la fin de l'année, une réponse ne soit apportée aux craintes des habitants. Protection et développement, l'équation sera de toutes façons difficile à résoudre.

Michel Bovas

(Tribune Bulletin Côte d'Azur - Edition du 12 février 2010)