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Christian Estrosi
Industrie
 

Mode et industrie : même combat, mêmes remèdes

Notre ministre de l'industrie en a posé les bases dès juillet 2009 et ne lâche pas prise. La restructuration globale envisagée pour cette filière fragilisée est très attendue. Nice, à son échelle, pourrait en bénéficier.

Dans leur entretien du 25 janvier dernier, Anna Wintour et Christian Estrosi ont
Y a t-il le feu à la maison mode ? Peut-être pas encore, mais il couve. En particulier au niveau de la sous-traitance qui souffre mille maux.



Alors que l'Italie, voire les Etats-Unis, multiplient les interventions pour regrouper leurs forces, l'Hexagone est encore sous le signe du chacun pour soi. Cette stratégie un peu désordre risque de mettre à mal son rôle de leader planétaire du secteur.



"La France n'a plus de filière mode bien structurée, il faut changer la donne", précise Christian Estrosi qui a souhaité que tous les intervenants se rassemblent et se soutiennent. A l'instar de la récente opération Renault Clio ("Il est inconcevable que des voitures françaises, destinées à la vente en France, soient fabriquées à l'étranger"), le ministre a d'ores et déjà multiplié les initiatives pour que des rapprochements et des plans d'action s'opèrent entre grandes maisons et sous-traitants français. "Vital pour sauver la filière dans son ensemble", insiste t-il. Et éviter que les pots de fer ne fassent exploser les pots de terre. A cet effet, une "charte de bonne conduite" à l'échelon national a été signée en novembre dernier entre donneurs d'ordre et façonniers. Objectif : mettre en place, entre autres, des engagements sur des volumes de commandes, sur des périodes données. Moins de navigation à vue, donc et peut-être moins de tentation de délocaliser les fabrications.



Dans les cartons du ministre, d'autres mesures de soutien. Comme une "banque de la mode" qui permettrait d'aider les jeunes créateurs (sa finalisation devrait figurer dans les conclusions des Etats généraux de l'industrie), un désir d'appuyer la formation, avec pour exemple l'ouverture en France d'une grande école de mode, dans l'esprit du Saint-Martin's College de Londres ou d'instituts du design belges très réputés. Et des initiatives concrètes pour favoriser les jeunes talents. En incitant, pourquoi pas, aux parrainages de ces jeunes pousses, une pratique courante et fructueuse aux U.S.A. Son entretien en début de semaine à Paris avec l'emblématique Anna Wintour, rédactrice en chef de l'édition américaine de Vogue, l'a conforté dans cette optique.

> Un grand vent de fashion sur Nice ?

 
Chacok, marque emblématique de la mode niçoise, devrait se sentir moins seule
A l'échelon local, les riches heures ne sont plus. Hors quelques secteurs comme la bijouterie fantaisie ou les maillots de bain, hors quelques poids-lourds qui n'ont pas lâché prise comme Façonnable, Chacok, Breuer, Bleu-Blanc-Rouge (aujourd'hui dans le giron du marseillais J.J. Garella il est vrai, mais dont le bureau de style est toujours à Nice...), l'on compte sur les doigts de la main ceux qui se lancent - et réussissent - dans le prêt-à-porter. S'il est clair que le ministre de l'industrie s'exprime au niveau national quand il évoque son plan de soutien, Christian Estrosi, maire de Nice, ambitionne aussi pour sa ville. Et tient absolument à ce qu'une antenne mode, ainsi qu'un guichet de la banque de la mode, aient leur place dans la future maison dédiée à la création d'entreprises : cette structure, initiée par Nice Côte d'Azur, devrait être opérationnelle dès l'automne 2010. Il réfléchit en parallèle, avec son collègue ministre Luc Chatel, à la possibilité de créer dans un lycée niçois de classes préparatoires de haut niveau permettant d'accéder aux grandes écoles de mode. Le chantier Sang Neuf n'est pas oublié: le maire de Nice a demandé à Sophie Duez de "développer des passerelles entre recherche et mode", à l'égal de ce qui se fera pour l'art plastique, la danse, la musique et la littérature.

Joëlle Baeta

(Tribune Bulletin Côte d'Azur - Edition du 29 janvier 2010)