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PACA
Développement durable
 

Un vaccin contre le black out ?

Avec l’arrivée des grands froids et la menace de pics de sur-consommation électrique revient l’ombre d’une panne générale que l’on sait rare, mais latente. La solution ? Fournisseur et institutions prônent la prudence... et l’économie

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Voilà le dossier sécurisation électrique de l’extrême sud-est remis sur la table : une problématique au centre de la dernière Assemblée générale de la CCI, le 14 décembre dernier, relayée par le lancement simultané d’une campagne «Energie Efficace» par le groupe EDF. Si une réflexion s’impose, la solution, elle, est loin d’être tangible : il faudra beaucoup d’efforts, une bonne dose d’innovation et un zeste de citoyenneté pour sortir de l’impasse. Et si l’on ne parle définitivement plus d’une axe Boutre-Carros pour acheminer la fée électricité sur nos côtes, quelques aménagements «rustines» pour l’approvisionnement sont d’ores et déjà programmés. Le défi est ailleurs, dans les énergies renouvelables et une meilleure maîtrise des flux et des stocks, pour une région que l’on sent pourtant frileuse, en particulier sur le segment du solaire photovoltaïque, faute de foncier, certes, faute aussi de réelle et affirmée volonté politique. Le groupe EDF n’a pas dit son dernier mot, et lance l’opération «Energie Efficace» 2009-2015 en PACA. Au programme de Claude Monméjean, délégué régional, «miser sur un fort potentiel». Et rester sur les actuels volumes d’approvisionnement par les traditionnelles lignes pour une consommation qui elle, augmente d’année en année.

 
La région PACA ne s’auto-suffira jamais, c’est un fait» : pour Claude Monméjean, délégué régional PACA d’EDF, pas de remède miracle, mais de solides ambitions pour une Côte d’Azur qui ne produit pour l’heure que 7% de sa consommation électrique. «Développer d’autres sources d’énergies va nous aider, et c’est là le gros avantage de notre programme MDE (maîtrise des énergies), qui implique un retour à la tranquillité en attendant de gros travaux sur les réseaux. RTE a besoin de cette période 2009-2015 pour mettre en service son flux de sécurité.» Un flux qui, en l’absence définitive d’une solution «gros débit» Boutre-Carros, passera par de plus petites unités enterrées. On parle donc, à échéance 2015, d’un renfort du potentiel hydraulique, avec pour exemple la réalisation à court terme d’une microcentrale sur la chute de Rabuons dans la vallée de la Tinée. Là-aussi, les prétentions devront être revues à la baisse, comme le signale le rapport commandé par Dominique Estève pour la dernière Assemblée générale de la CCI : le site, en bordure de Mercantour, ne pourra se développer bien loin… Mais pour EDF, devrait suffire aux besoins résidentiels d’une ville de 6.000 habitants. Comme pour le solaire, les jalons sont posés : de l’alternative, oui, mais à petite échelle. Et ce n’est pas la seule piste à souffrir d’une crise d’identité environnementale : deuxième gisement potentiel, le solaire peine à être exploité, dans une région où le beau temps bat tous les records avec 300 jours d’ensoleillement par an. «D’ores et déjà, dans le cadre de notre plan Energie Efficace, ce sont plus de 10 MWc qui sont projetés pour les Alpes-Maritimes et 20 MWc pour le Var.»

Autre initiative, en direction du tissu économique local cette fois : un inventaire des bâtiments industriels et tertiaires initié par EDF et le Club des entreprises de Carros-Le Broc, pour appuyer l’installation de générateurs photovoltaïques. Il y aurait déjà quelques nominés et quelques freins administratifs. Enfin, EDF s’intéresse à la biomasse, comprenez l’utilisation du bois notamment comme source d’énergie. Une belle opportunité pour Claude Monméjean, «dans une filière qui se structure, de l’exploitation à la consommation». L’énergie bois bien gérée pourrait ainsi représenter 400 GWh dans les Alpes-Maritimes, et une étude économique portant sur un projet de cogénération à partir de déchets-bois vient d’être lancée sur Nice. Sans oublier le biogaz, issu de la méthanisation de résidus industriels : là encore, des projets se dessinent pour le département. Une grande mutation qui passe aussi par les économies substantielles à réaliser grâce à une meilleure gestion des matériaux, constructions et technologies. Et si les aides allouées par les collectivités, attrayantes dans un premier temps, ont aujourd’hui tendance à s’étioler, EDF prend le relais avec son Energie Efficace spéciale PACA : pour les particuliers, place à une éco-prime pouvant aller jusqu’à 1.500€ pour des travaux (isolation, remplacement de gourmands convecteurs…). Sur un total de 200.000 maisons individuelles construites avant 1990, l’objectif fixé est d’arriver à un taux de rénovation annuel de 10% contre 3% actuellement.

Et puis, il y a les petits gestes de tous les jours : comme ces opérations Trocalampes, organisées pour le personnel des collectivités territoriales qui permettent d’échanger ses obsolètes ampoules contre des LBC dernier cri (lampes à basse consommation). Ou encore ces formations «éco-gestes»… Et si la CCI a déjà dévissé quelques éclairages trop boulimiques, sa solution passe aussi par les SmarGrids, les réseaux de distribution intelligents du futur, une belle double-carte à jouer en terme d’installation d’entreprises innovantes et de maîtrise des flux énergétiques qui pourrait bien intéresser en tout premier chef notre attendue OIN. «Nous pourrions devenir les champions mondiaux dans ce domaine» souligne même Dominique Estève. La conjugaison privée-publique pourra-t-elle, ici aussi, créer la surprise ? Et ces contraintes, imposées depuis des lustres par un approvisionnement aléatoire, deviendront-elles opportunités ? Il faudra certainement un peu de temps pour répondre à ces questions, et c’est là où le bât blesse : du temps, le département n’en a pas… Et la menace d’une panne générale, comme ce fut le cas en novembre 2008 avec un black out de 4 heures, résonne encore et toujours comme un coup de semonce.

Isabelle Auzias

(Tribune Bulletin Côte d'Azur - Edition du 18 décembre 2009)