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journal n741 - publi le 15/05/2014

Le beau printemps des femmes d'Azur

Elles se sont accord un rendez-vous networking au fminin la CCI nioise, elles se runissent sous ltendard MEDEF Paris, elles se prparent au difficile mais gratifiant exercice des Femmes de lEconomie Le Girl power est en marche.

Imaginez un monde sans femmes, des entreprises testostéronées à l’extrême. Pas si drôle, quand on y pense. L’inverse non plus. Les suffragettes d’hier ont rentré leurs griffes très premier degré, les réseaux féminins du 3e millénaire ne cherchent plus la provocation, mais le juste équilibre et la reconnaissance mutuelle. Il n’en reste pas moins quelques reliquats, comme ces associations de femmes, ces soirées entre femmes, ces concours 100% femmes.

 

Un bien ou un mal ? Nos dirigeantes sont lucides, à l’instar des denières entrées en politique, à l’ère de la parité obligatoire, qui avouent à demi-mots profiter de la législation, sans pour autant remettre en cause la légitimité de leur candidature. Ainsi tout ne serait pas réglé entre sexes fort et faible. Mais à qui la faute ? A une évolution trop lente des mœurs ? A de fieffés machos ? A une gent féminine pas assez engagée? Les petites vannes qui fusent, elles en ont l’habitude, le côté potache a ses charmes. Les salaires, elles s’en sont accommodées mais commencent à montrer les crocs. Les ambitions, elles explosent aujourd’hui, poussées par une crise qui déboussole les âmes les plus viriles.

Le monde change, et les femmes sont à l’affût. Et si elles venaient à gagner cette guerre des sexes à reconduction tacite, pèseraient-elles sur les fiches de paie de leurs biologiquement opposés? Là se niche la différence et la complémentarité, et la revanche sera vacharde, qui sait ?

 

Observez bien ces femmes, dirigeantes, innovantes, communicantes, industrielles, exportatrices, qui réseautent bien au delà des fourneaux, et qui s’affronteront le 24 juin pour la région PACA et Monaco pour les 3e Trophées des femmes de l’Eco organisés par les prudentes CCI. Et pour celles et ceux qui auraient encore des doutes, consultez donc la très complète étude réalisée par le professeur Michel Ferrary (SKEMA) sur la féminisation des entreprises. C’est pas gagné, mais ça avance. Et très vite dans certains secteurs. Egalité, persévérance, performance et victoire sont aussi des mots féminins.

 

 

Marie-Christine Ottini-Bertin : «nous ne nous revendiquons pas féministes»

 

Vice-présidente de PWN Nice Côte d’Azur (Professional women's network), elle plaide en faveur de l’équilibre hommes-femmes.


Vous ciblez les femmes cadres et chefs d’entreprise. Pourquoi ?

Les femmes ont du mal à percer le plafond de verre, ce niveau de responsabilité très difficile à dépasser, alors qu’il y a autant de filles que de garçons qui sortent des grandes écoles avec des diplômes de haut niveau. Les raisons sont diverses : elles sont culturelles, mais il existe aussi les barrières psychologiques que les femmes se mettent elles-mêmes. Or nous croyons absolument que l’équilibre hommes-femmes à la direction est bénéfique pour l’entreprise, et nous faisons tout pour le démontrer.

 

Quelles sont vos actions ?

Nous essayons de trouver des entreprises partenaires qui veulent bien travailler avec nous et nous sponsoriser pour nous faire connaître. Nous créons des ateliers pour aider nos membres à dépasser certains blocages psychologiques. Nous leur apprenons à naviguer au sein de l’entreprise car c’est un monde créé par les hommes avec des règles tacites créées par ces mêmes hommes. Nous travaillons aussi sur l’équilibre vie de famille / vie professionnelle : une femme, si elle a un choix à faire, privilégiera naturellement ses enfants plutôt que sa carrière. Mais il suffit de rééquilibrer les choses. Nous essayons de travailler avec les hommes qui, eux aussi, ont envie de s’occuper de leurs enfants et de ne pas rester systématiquement jusqu’à 20h au bureau. Les pays nordiques nous montrent le chemin.
Nous avons également un programme de mentoring interne : en fonction de nos besoins, nous trouvons un autre membre qui va nous guider, sur des thèmes aussi divers que la création d’entreprise, l’intelligence émotionnelle… On s’auto-coache ! Et tous les mois, nous organisons un dîner et des déjeuners à thème, sur le leadership, la communication…

 

Quelles sont les particularités de PWN Nice Côte d’Azur ?

Sur environ 80 membres, de Brignoles à Monaco, nous comptons un tiers de Françaises, un tiers d’anglophones et un tiers d’autres nationalités. C’est un groupe très riche, très intéressant. Et nous communiquons en anglais, car si une femme doit se positionner à un haut niveau de compétences, elle doit parler anglais. Mais nous essayons aussi d'organiser  plus d’évènements bilingues, pour attirer les Françaises qui, souvent, ne se sentent pas très à l’aise si elles doivent parler anglais en public. Je vais lancer cette année un programme d’échange de compétences en langues, et l’an prochain, un programme d’échange de compétences tout court : qu’est ce que j’offre, de quoi j’ai besoin, en plus du programme de mentoring, de façon beaucoup plus informelle. 2014, c’est aussi l’année où nous voulons créer un noyau d’hommes pour nous aider. Et essayer de nous faire connaître des entreprises, qui généralement sont un peu méfiantes. Nous ne nous revendiquons pas féministes: nous recherchons l’équilibre, entre vie familiale et vie professionnelle, entre hommes et femmes, pour tout simplement créer un monde plus harmonieux.

 

 

Giorgia Sanfiori : «leur offrir plus de visibilité»

 

La présidente de Femmes 3000 Côte d’Azur (plus de 70 membres) se défend de tout travers sexiste. Les hommes sont d’ailleurs les bienvenus au sein de l’association.

«Nous pensons que les femmes ont un réel potentiel d’innovation, et qu’il serait intéressant de l’exploiter au plus vite, de l’explorer, de le mettre en avant. Il faut épauler les femmes, leur permettre d’oser, de développer des projets, d’encourager la prise de risque.»

Sous son accent chantant, Giorgia Sanfori cache un sacré bout de présidente : les Femmes 3000 Côte d’Azur sont partout, colloques, conférences, rendez-vous business, rencontres artistiques ou caritatives… Créée en 2006, la délégation locale d’une fédération aux 14 ramifications s’est hissée en tête des antennes régionales en termes d’adhésions et de dynamisme.

 

Qui sont-elles, ces Femmes 3000 ? «Surtout des femmes actives, engagées dans la vie économique, publique et sociale, souhaitant dialoguer entre elles, échanger des idées, accélérer leurs projets. Les femmes… du 3e millénaire !» Comprenez qu’aux chromosomes s’ajoutent quelque valeurs éthiques non négociables, comme l’équité, le respect, le développement durable. «Il faut qu’enfin, les femmes soient reconnues par leurs compétences, que l’égalité des chances devienne un réflexe.» Difficile d’imaginer qu’il en soit autrement. Et pourtant.

Et si nous regardions, avec Giorgia Sanfori, le bon côté des choses ? Quatre hommes viennent de rejoindre les rangs de Femmes 3000 Côte d'Azur, preuve d'une certaine ouverture d'esprit. Option symptahisants, ils seraient encore plus nombreux. Chapeau bas, Messieurs.

 

 

Brigitte Pellero : «féminisme et parité, connais pas…»

 

Déjà 18 ans qu’elle «milite» au sein de FCE France, l’association des Femmes Chefs d’Entreprise, seule entité non gouvernementale à siéger à l’OCDE et autres comités européens. Apolitique, mais engagée.

 

«Il est un adage toujours d’actualité : seule, on est invisible, ensemble, on devient invincibles…» Et Brigitte Pellero, directrice de BP Com et fervente adhérente FCE, y apporte une touche de convivialité, d’entraide, et surtout de prise de responsabilité : «notre objectif, ce n’est pas le nombre, mais l’implication. Nos membres sont toutes financièrement responsables de leur entreprise, et la majorité d’entre elles exercent des mandats, au Tribunal de commerce, à l’URSSAF, c’est l’une de nos spécificités.»

FCE va fêter ses 60 ans l’an prochain : «l’association a été créée en France pendant la guerre, par des femmes obligées de travailler car les hommes étaient au front.» Depuis, elle compte 50 délégations, dont Cannes Côte d’Azur présidée par Paule Vera-Finocchi, et est représentée dans 70 pays pour 30.000 adhérentes recensées. «Ce qui nous permet d’avoir une position stratégique au niveau mondial, avec pour seul but la promotion de l’entrepreneuriat au féminin.»

Point de féminisme donc, mais quelques petites martingales en faveur des filles : «la différence avec les hommes ? Ils sont sans doute beaucoup plus dans le carriérisme que nous. Mais quand les femmes ont un projet, elles le portent jusqu’au bout, elles sont plus patientes, plus tenaces. Dans ce monde en mutation, les femmes ont beaucoup de cartes à jouer, il faut en profiter, c’est maintenant qu’il faut agir, qu’il faut changer les choses. Les technologies avancent, les mentalités aussi. Il n’est pas question de prendre la place des hommes, mais de trouver notre propre place, avec des valeurs qui soient reconnues. Une femme qui gère une entreprise arrivera sans doute aux mêmes résultats qu’un homme. Mais elle prendra sans doute aussi des chemins différents… »

 

 

 

 

 

 


Isabelle Auzias et Lizza Paillier