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journal n738 - publi le 24/04/2014

Les dessous chic de l'industrie

Le secteur de lindustrie tranche dans la morosit ambiante. Sur la Cte dAzur, la filire recrute et le fait savoir.

Carton plein pour la 7e édition de la Rencontre pour l’Emploi Industriel (REI) le 10 avril à l’IUT de Nice. La manifestation a rassemblé près de 450 futurs diplômés de l’enseignement technique, issus de onze établissements différents. La jeune garde est allée au contact d’un panel d’industriels azuréens, histoire d’y voir plus clair sur les débouchés offerts.

 

TPE, PME ou grandes firmes ont toutes joué le jeu pour promouvoir les métiers de l'industrie. «Cet événement n’est pas spécifiquement orienté sur de l’embauche directe, précise Daniel Sfecci, président de l’APPIM, association organisatrice. L’idée est plutôt de permettre aux jeunes de prendre la mesure du tissu industriel local à travers les compétences qui s’y expriment.» En clair, raccorder la vision des étudiants à la réalité du secteur et dévoiler les potentialités du moment.

 

De l’avis général, l’industrie souffre d’un déficit d’image auprès des jeunes. Une méconnaissance qui entraîne des difficultés de recrutement, un réel frein au développement des entreprises. La branche joue donc la carte séduction et met en valeur ses débouchés. Killian, en BTS maintenance à Cannes, a profité de la REI pour déposer quelques CV et acquérir des certitudes : «jusqu'à présent, je n'étais pas très optimiste, mais après cette journée, je suis rassuré sur mon orientation.» Et pour cause, l’industrie reste l’un des rares secteurs porteurs d’emplois. «Depuis dix ans, elle tire le département vers le haut en termes de recrutement» assure Daniel Sfecci. Le pôle est le seul sur la Côte d’Azur à avoir vu l’embauche augmenter (de l’ordre de 1%) entre 2012 et 2013. Il pèse environ 35.000 emplois au plan local pour un chiffre d’affaires de 10Mds€. Juste derrière le sacro-saint tourisme et ses 12Mds€.

 

 

 

 

 

Schneider Electric attentif au vivier local

 

Le géant de la distribution électrique emploie 700 salariés dans les Alpes-Maritimes. Sa stature contribue à redorer le blason de l’industrie auprès des jeunes.

 

Si l’industrie déplore un déficit d’image, l’aura de Schneider Electric ne souffre d’aucun conteste. Pour s’en convaincre il suffit d’observer les nuées de jeunes gens qui sont venues déposer un CV auprès des émissaires de la société lors de la Rencontre pour l’Emploi Industriel.

La dimension internationale de l’entreprise fait rêver. Et l’implantation azuréenne, située à Carros et forte de 700 salariés, attire. Schneider Electric se penche d’ailleurs volontiers sur le vivier local. «Notre objectif est de représenter les métiers de l’industrie qui ne sont pas suffisamment connus dans le département, explique Béatrice Tripodi, responsable RH. A chaque fois qu’on leur présente l’entreprise et ses activités, les jeunes se montrent intéressés.»

 

40 jeunes en alternance

 

Encore faut-il une adéquation entre les compétences des diplômés et les besoins de l’entreprise. Sur le site de Carros, Schneider développe des automates programmables et fabrique des cartes électroniques. La branche R&D axée sur l’innovation emploie quelque 300 personnes. «Nous sommes plutôt dans l’industrie de pointe, admet Béatrice Tripodi. Mais il y a toute une palette de métiers proposés, qui recouvrent plusieurs types de diplômes allant du bac pro au BTS.» Opérateurs de production, techniciens méthode et  ingénieurs recherche et développement sont autant de débouchés possibles.

 

L’entreprise multiplie les rencontres avec les jeunes pour présenter ses terrains d’accueil. Si «le groupe privilégie la mobilité interne», Schneider Electric ne néglige pas pour autant les possibilités en externe pour certains métiers. Béatrice Bague, communication manager, souligne d'ailleurs que l’entreprise «a signé un accord concernant l’accueil des jeunes. Le volume représente 6%  du recrutement au plan national.» Rien qu’à Carros, le groupe compte une quarantaine de jeunes en alternance.

 

 

 

 

 

«Prouver aux jeunes qu’ils font le bon choix»

 

Soucieux d’assurer l’avenir du pôle de l’industrie, l’APPIM et son président Daniel Sfecci ont mis en place un plan d’action pour favoriser la relève.

 

Daniel Sfecci est intarissable lorsqu'il s’agit d'évoquer l’industrie. Conscient que la branche a besoin de sang neuf et surtout de recrues aux compétences adéquates, la Rencontre pour l’Emploi Industriel lui tient à cœur : «les jeunes se rendent compte que les compétences acquises avec leur diplôme vont être utiles à des entreprises locales. Ils commencent à avoir les yeux qui brillent et se disent qu’ils n’ont pas fait ça pour rien. Nous voulons leur prouver qu’ils ont fait le bon choix.»

 

Avantages méconnus

 

D’autant que l’industrie azuréenne a besoin de bras. Chaudronniers, soudeurs, usineurs, certains métiers font cruellement défaut en PACA. «Cela n’excite personne quand on en parle d’usinage, ce sont pourtant des métiers où les salaires se situent entre 1.800 et 3.000€, insiste Daniel Sfecci.  On n’est pas là pour faire de la langue de bois, mais pour donner toutes  les composantes du métier.» Informer sur une filière dont la réalité demeure méconnue, y compris certains avantages : «dans l'industrie, quelqu’un qui est capable bénéficie obligatoirement de l'ascenseur. C’est tout de même un plan de carrière intéressant que de ne pas rester toute sa vie à faire la même chose.»

Le président de l’APPIM (Association des Partenaires pour la promotion de l'Industrie Méditerranéenne) n’est pas seul avec son bâton de pèlerin. Dans son sillage, les entreprises du secteur se sont fédérées pour promouvoir leurs corps de métiers respectifs. Elles étaient une quarantaine cette année à la REI : «elles jouent le jeu car cela va leur permettre d’être encore là demain grâce aux jeunes qui viendront travailler chez elles, mais également parce qu'elles souhaitent agir pour la société de demain et pour le tissu économique que l'on lèguera à nos enfants.»

 

 

 

 

 

«Oui, il y a des débouchés dans la filière»

 

Jean-Pierre Savarino, 1er vice-président de la CCI Nice Côte d’Azur, dresse le portrait-robot d’un secteur porteur.

 

Quel est l’objectif de cette 7e Rencontre pour l’Emploi Industriel?

Expliquer aux étudiants, lycéens ou bac+2, les débouchés dans l’industrie, leur présenter le métier qu’ils vont pouvoir pratiquer au sein de ces entreprises. Cette journée réunit plus de 400 élèves du  département. Ils rencontrent des chefs d’entreprises qui sont là pour établir un lien entre la partie formation et la réalité de l’embauche. L’idée est de donner des certitudes ou de confirmer des vocations.

 

L’industrie est-elle porteuse d’embauches ?

Il y a des débouchés dans la  filière industrielle.  Il faut savoir que l’industrie a une représentation assez forte dans le département. C’est la seule activité qui est en progression par rapport aux autres. On parle beaucoup du tourisme, mais l’industrie a réalisé sur les deux dernières années la plus forte hausse en termes d’emplois. On essaie donc de susciter des vocations et de confirmer le choix des lycéens qui se sont tournés vers ce secteur.

 

Quel est le profil de l’industrie locale ?

Elle est d’une diversité absolue. On y rencontre aussi bien de la haute technologie que des métiers plus manuels. Notre industrie concerne aussi des domaines pointus et élaborés dans lesquels on peut trouver de nombreux débouchés. Je pense notamment à l’électronique, le spatial, l’automatisme, les arômes, le pharmaceutique.

 

Quid de l’avenir ?

Continuer à valoriser l’industrie dans le département et attirer de nouvelles entreprises. Mettre en place un environnement positif et de cette manière pousser d’autres entreprises, des grands groupes, à venir s'installer. Le but est d'apporter cette synergie nécessaire à la progression de l’industrie locale.

 

 

 

 

 

Cherche relève désespérément...

 

La société EMM est le symbole d’un usinage confronté à la pénurie de main-d’œuvre.

 

Benito Pisani, directeur de l’Entreprise de Mécanique de Mandelieu (EMM), nage en plein paradoxe. Alors que la société qu’il a rachetée il y a cinq ans connaît une belle croissance, il doit faire face à un obstacle inattendu : la pénurie de main d’œuvre. «En cinq ans, notre chiffre d’affaires est passé de 400.000€ à 1M€, mais notre principal problème, c’est le recrutement, la relève» regrette le dirigeant. EMM est spécialisée dans la mécanique de précision. L’entreprise compte treize salariés et fabrique des pièces pour différentes industries de pointe (spatial, armement, nucléaire, médical…). Le départ à la retraite de la génération baby-boom pourrait mettre à mal cette activité florissante.

 

«Notre société a soixante ans et il y a des gens qui y travaillent depuis trente ou quarante ans, atteste Benito Pisani. Entre le développement qui génère des embauches et les nombreux départs à la retraite, nous sommes en pénurie de candidats.»

 

Usinage inusité

 

Une situation symptomatique sur la Côte d’Azur, selon la plupart des témoignages. Pour le patron d’EMM, le problème tient en partie au contexte local : «historiquement, notre région n’a jamais été très fournie dans ce genre de métiers pour l’usinage ou la mécanique, analyse-t-il. Les formations ne sont donc pas vraiment implantées, ce qui fait qu’aujourd’hui on soufre de cette pénurie.» Et le déficit d’image de la branche n’arrange rien.

Pour y remédier, Benito Pisani fréquente depuis cinq ans la Rencontre pour l’Emploi Industriel. «L’objectif est de faire connaître nos métiers et donner envie aux jeunes qui manquent souvent d’informations. Dans un deuxième temps, on essaie de trouver des candidats et de recruter.» Le profil idéal pour son entreprise ? «Un compromis entre le bagage théorique, la passion du terrain et de l’outil, et si possible un peu d’expérience.» Preuve que la méthode est payante, EMM a embauché l’an dernier une étudiante rencontrée via la REI. «Elle travaille toujours dans notre atelier aujourd’hui.»

 

 

 

 

 

 

Dossier réalisé par Pierre-Olivier Burdin