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journal n733 - publi le 20/03/2014

Cannes : Dupont-Moretti contre Szpiner


Les deux pénalistes superstars se retrouvent face à face à quelques jours des Municipales : le premier est l’avocat de Bernard Brochand, le second colistier de Philippe Tabarot. En fin de semaine dernière, Me Francis Szpiner convoquait la presse pour dénoncer les «affaires cannoises» imputées à l’équipe sortante et à sa naturelle progéniture.

Pour l’avocat à la Cour, «quand on est maire, on est le patron, et on est responsable de ses collaborateurs.» Il évoque ici la mise en examen de deux élus, deux membres du cabinet et deux fonctionnaires, et pousse Bernard Brochand à l’explication: «le député-maire se tait en expliquant que ce n’est pas en période électorale qu’on doit rendre des comptes. C’est pourtant facile : si la presse, qui a dénoncé des pratiques inacceptables au sein de la gestion municipale, s’est trompée, alors il faut poursuivre en diffamation. Or cela n’a pas été fait.» Et concomitamment à ses déclarations, l’on apprenait la demande de levée de l’immunité parlementaire de Bernard Brochand, demande émanant du juge grassois Murciano en charge du dossier.

 

Devant les accusations de la municipalité d’avoir joué le calendrier, Me Szpiner tempère : «l’enquête existe depuis plus d’un an, je ne suis ni procureur, ni juge d’instruction. Que ça tombe mal, c’est un fait, mais ce sont les délais d’usage de la justice.» Et de renchérir sur la savoureuse histoire du bien nommé «Les copains d’abord», bateau appartenant à Jacques Pélissard, président des Maires de France, amarré au Port Canto.

«Il n’aura fallu que trois semaines à M. Pélissard, dont David Lisnard est un ancien collaborateur, pour obtenir une place dans un port cannois, là où d’ordinaire les plaisanciers attendent des mois, voire des années. Est-ce que lorsqu’on est élu, on peut se permettre d’accorder des passe-droits à ses amis ?»

L’attaque est frontale, Francis Szpiner y est rodé. «Il y a une déontologie, une éthique au delà du Code pénal. M. Pélissard, par sa fonction, représente tous les élus de France. D’un côté il n’y a pas d’honneur, de l’autre pas d’éthique. C’est une façon de faire de la politique particulièrement écœurante.»

 

Mais lui, le ténor du barreau, qu’est-il prêt à offrir sur l’autel de la politique cannoise ? «Si nous sommes élus, je m’interdirais bien sûr de plaider pour ou contre la ville de Cannes, et c’est la loi, mais j’irai plus loin en m’interdisant la moindre affaire dans le ressort du Tribunal de Grasse. Il faut éviter toute confusion entre mandat politique et activité professionnelle. Nous, les avocats, avons la culture du conflit d’intérêt. Ce serait bien si l’on pouvait l’introduire un peu plus en politique…»
Me Dupont-Moretti appréciera.           

 

 

             
Isabelle Auzias