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journal n725 - publi le 23/01/2014

Orage sur IBM

Presqu'rig en symbole, le devenir de Big Blue La Gaude. Au coeur d'une bataille conomico-politique qui secoue le landerneau de l'UMP locale... Et mme au del.

Les nouvelles ne sont pas bonnes. Ce jeudi soir, le Tribunal de grande instance de Nanterre a débouté la CGT dans ses derniers retranchements. Le syndicat avait demandé l'annulation du plan de restructuration proposé par la direction nationale d'IBM, plan qu'il jugeait "insuffisant et incomplet".

Peine perdue, le tribunal a estimé que les mesures de reclassements internes et les offres de formations proposées aux personnels étaient conformes, et qu'IBM avait fourni un effort "réel et sérieux" en la matière. Les juges ont ordonné l'exécution provisoire et immédiate de la décision, et il n'y aura pas d'appel suspensif. En France, 689 postes sont concernés pour 129 collaborateurs placés en "mobilité géographique".

 

ibm_181212_300_02Sur le site gaudois, c'est un peu la consternation, car ici chacun le sait, les augures sont mauvais. Ainsi, malgré les tractations entre municipalité et propriétaire des lieux (avec pour premier effet un loyer baissé de 20%) l'avenir reste incertain plus que sur d'autres sites encore. En octobre 2012, trois solutions avaient été envisagées par la direction nationale: maintien sur La Gaude, implantation dans la Plaine du Var ou déménagement vers Sophia, une option semble-t-il définitivement abandonnée aujourd'hui. Du côté de Nice-Méridia par contre, l'installation d'IBM a été évoquée sur plusieurs projets à moyen terme.

 

Michel Meïni, maire de la commune, ne veut pas baisser les bras, et se range encore et toujours du côté des salariés. Le comité de suivi, déjà engagé, continuera ses bons offices. Mais avec cette restructuration, et la menace d'emplois transférés ailleurs, le site se fragilise un peu plus encore. Plus de 700 collaborateurs attendent et font le dos rond, les sous-traitants s'inquiètent. La direction, cette fois, a les mains 100% libres. Alors, plaine du Var ou pas ?

 

Mais en fait, que cache cette partie de ping pong qui dure depuis plus d’un an, annonçant à intervalles réguliers le déménagement des troupes gaudoises vers la basse vallée du Var ? Christian Estrosi n’a jamais dissimulé son envie de les accueillir en cœur d’Eco-vallée, car sans doute faudra-t-il une locomotive de cette renommée pour «rassurer» les plus petites unités, qui ont encore du mal à se positionner sur le futur quartier.

ia_25_janv_meini_p3_300_01Mais il y a un hic : Michel Meïni, maire de La Gaude, ne l’entend pas de cette oreille. Lui pense d’abord au développement harmonieux de sa commune, qui passe depuis près d’un demi-siècle par les IBMers, installés en masse dans les campagnes jouxtant le site, potentiels chalands pour les commerces du
village, pourvoyeurs d’harmonie sociale par le biais des familles. «Pourquoi faire table rase de cette richesse?» s’insurge-t-il depuis les premières menaces de délocalisation inter-métropolitaine.

Et si l’élu est aussi remonté, il a quelques raisons que la raison ne peut ignorer : installé un peu avant les MIN sur le territoire communal, Michel Dessus, président de la Chambre d’agriculture, a posé sa candidature dûment estampillée UMP pour les prochaines municipales. Non seulement un opposant, mais de surcroît, lorsque l’étrange duo se présente devant la commission départementale d’attribution des investitures, celle-ci ne se risquera pas à un quelconque départage.

 

Pourquoi ? La question se pose ouvertement dans le clan Meïni. «Tout maire sortant qui n’aura pas démérité (NDLR qui n’auront pas été pris les mains dans la confiture ou acoquinés avec quelques politiquement indésirables) sera réinvesti de droit, c’est ce que le bureau départemental avait annoncé. Je n’ai commis aucune infraction à la règle», se défend Michel Meïni.

 Aucune ? Et si avoir comme premier adjoint un frère Bettati était rédhibitoire ? Et si être copéiste, dans un Comté dévolu au seigneur Fillon, était une injure aux bonnes mœurs ? «A chaque fois qu’il a fallu soutenir mon parti et ses hommes, j’étais là. J’étais là pour le lancement de campagne de Christian Estrosi, je suis resté dans les clous jusqu’au bout. Je sais qu’en politique, les symboles sont imp.ortants, et qu’il y a des lignes à ne pas franchir. Même s’il faut défendre son territoire plus que son institution, car là est le seul rôle de l’élu local.» Pour lui, la sanction ne sera que plus dure à avaler : cette prime au sortant, il estime y avoir droit. «Et je ne vois pas comment je ne l’obtiendrai pas…»

 

D’autres maires alentours ont un regard suspicieux sur la manœuvre, sans trop oser en faire état, préférant ne pas faire basculer l’unité territoriale dans le chaos. «Le problème de l’UMP, c’est que c’est un parti aux allures bonapartistes, avec un seul chef à bord. Nous avons beaucoup de difficulté avec la démocratie en interne… Alors tant que nous n’aurons pas changé la loi sur nos territoires, tant que la maire représentera des compétences, stop aux interventionnismes de tous poils !»

 

Et c’est précisément cela qu’on semble aujourd’hui lui reprocher : avoir exigé la réalisation des accès avant de commencer les aménagements du futur MIN, dans son quartier de la Baronne. «Je veux que ces accès se fassent du côté Var et non du côté hameau, pour préserver la qualité de vie des riverains. C’est mieux qu’une exigence, c’est du simple bon sens… dans l’intérêt de tous. Je ne fais que mon travail de maire.»

 

En se réclamant à l’aise dans son rôle de «taulier», Michel Meïni dérange peut-être un peu, dans un paysage politique aseptisé où il avoue être plus aisé quelquefois de débattre avec un gouvernement de gauche qu’avec quelques élus locaux de son bord. De quoi, c’est sûr, ramer un peu pour obtenir l’investiture…

 

 

 

 


Propos recueillis par Isabelle Auzias