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journal n664 - 08/11/2012
Quel futur pour IBM ?
Beau consensus politique autour des potentielles menaces de dlocalisation du gant amricain, et plaidoyer de Michel Meni, maire de La Gaude, site d'implantation historique de la firme, pour plus de transparence et de dialogue.

Petit rappel des faits en préambule, tels qu'envoyés par Marc Daunis, sénateur-maire de Valbonne-Sophia (l'autre site IBM des Alpes-Maritimes) aux bons soins d'Arnaud Montebourg, ministre du Redressement productif.

En février 2011, première alerte : la direction d'IBM envisage un projet de déménagement du site gaudois vers Sophia. Projet vite abandonné, mais côté salariés, la méfiance s'installe. D'autant qu'en juin de la même année, on parle cette fois de délocaliser les activités de la propriété intellectuelle de La Gaude vers l'étranger. Plausible, au vu des 3.300 suppressions de postes en France sur la dernière décennie.

En janvier 2012, IBM France annonce le transfert de son site de Sophia vers La Gaude... Un jeu de chaises musicales qui ne laisse rien présager de bon, et qui mobilise salariés et syndicats. En juillet 2012, c'est du concret : l'annonce d'une cessation de certaines prestations effectuées en sous-traitance par des sociétés locales au profit de la République tchèque, de la Pologne, de l'Inde... Une cessation qui touche ou touchera, selon les organisations syndicales, quelque 150 emplois in situ. Enfin, fin octobre, la direction d'IBM France évoquait "le lancement d'une réflexion concernant son implantation dans les Alpes-Maritimes." 650 salariés, 180 prestataires: les locaux historiques de La Gaude (dont le bail expire en 2015) tremblent de tous leurs murs. On parle  maintien dans la configuration actuelle, plaine du Var ou 100% Sophia.

On parle aussi de tour de passe-passe pour faire gober l'amère pilule d'une délocalisation inéluctable, malgré les bénéfices du groupe. On parle enfin d'une quasi-escroquerie au crédit-impôt-recherche, perçu ici pour des effectifs planchant ailleurs. Le climat se couvre, et les élus entrent en piste : Marc Daunis (PS) côté appel d'urgence au gouvernement, Michel Meïni (UMP) façon médiateur entre direction, salariés et bonnes volontés locales.

 

Elu en 2008, Michel Meïni ne se fait pas d'illusion : "on sait depuis une vingtaine d'années qu'IBM La Gaude, comme d'autres grands centres français, est amené à réduire sa masse salariale, et à re-concentrer certaines prestations. Et nombre d'élus (pas seulement gaudois) ont considéré qu'il n'y avait pas de problème. C'est vrai si l'on regarde les chiffres, IBM est une belle société. Mais la logique financière a pris le pas, et l'on doit aujourd'hui faire face à des décisions violentes, prises sans concertation, d'où deux attitudes possibles pour l'élu : où il considère qu'il n'est pas dans son domaine de compétence, ou il est, et c'est mon cas, aux côtés de ceux qui font la force de l'entreprise, les salariés." Une implication qui, paraît-il, a déplu au niveau national et international, surtout venant d'un élu UMP...

Mais Michel Meïni ne se taira pas : "nous sommes dans un pays de liberté, comme d'ailleurs aux USA, et j'ai dit ce que j'avais à dire, tout simplement. Et oui, il y a quelque part, dans le monde d'IBM, des voyoux. Au mois d'août dernier (on notera la date, en pleines vacances...), on a choisi de faire sortir des sous-traitants du réseau. Ce ne sont pas des pratiques. Nous avons bougé tout de suite, et de 70 licenciements, nous sommes passés à 30. Mais aujourd'hui, le problème est beaucoup plus grave : une délocalisation d'IBM La Gaude sur Sophia, ou sur Marseille, ou... ailleurs. Je considère donc qu'il faut réagir, se mettre autour d'une table, dirigeants, élus locaux, salariés, syndicats, Etat."

 

Dont acte : Monsieur le maire sort son agenda et contacte les parties prenantes. Pour l'heure, accord des salariés, de Marc Daunis, soutien indéfectible malgré la politique opposition, mais pas vraiment de date fixée concernant Métropole et Conseil général (en pleine campagne interne derrière Fillon, car oui, il y a des priorités dans la vie politique locale...) ni du côté de la direction d'IBM. Alors, l'on reste dans l'expectative : qu'est-ce vraiment, cette "étude sur les différentes orientations envisagées" par IBM pour les Alpes-Maritimes ?

Trois choix possibles : un maintien in situ, à La Gaude comme à Sophia, mais alors pourquoi tout ce tintouin? Une implantation à Sophia, alors que l'unité était menacée il y a un an à peine?

Quant au déménagement dans la plaine du Var, voilà qui inquiète : côté mairie, Michel Meïni n'en voit pas l'intérêt, "aller dans la plaine plutôt que sur la colline qui la surplombe n'a pas de sens, en termes stratégiques comme pratiques. Cela signifierait qu'IBM cherche uniquement une vitrine pour rester dans le département, pour une cinquantaine d'emplois tout au plus. Une manœuvre que je ne comprendrais pas... Dans l'OIN, ils y sont déjà à La Gaude. Et s'il y a d'autres problématiques, alors, qu'ils les expliquent !"

Côté Intersyndicale, c'est encore plus précis : "lors du dernière comité d'entreprise, nous avons demandé la garantie de l'emploi en cas de déménagement. Une question actée. Pas de réponse, la conclusion est facile... La plaine du Var, pour quoi faire ? Pour y asseoir un showroom, une communication, et continuer à toucher les subventions et le crédit-impôt-recherche."

 

Car c'est là où le bât blesse : 24M€ de subventions à l'innovation selon les médias bien informés, une augmentation de 15 à 20% du rendement d'ici 2015, un beau contrat tout neuf avec la Métropole pour construire la ville de demain... made in India. Et les syndicats unis à La Gaude voient d'un mauvais oeil une fusion, même administrative, avec Marseille, ce qui amoindrirait de fait leur poids dans la balance du dialogue social. Ils scandent : "c'est une opération à tiroirs, pour nous essouffler et nous faire disparaître à terme."

Michel Meïni, lui, préfère garder un espoir de façade, mais prépare déjà l'avenir (voir notre encadré). Même s'il s'avoue plus que préoccupé par le sort des quelque 900 emplois sur la sellette, IBM et sous-traitants mêlés. "Nous parlons d'êtres humains avec une plus-value extraordinaire, dont il faut prendre le plus grand soin. C'est pour cela qu'il faut instaurer un dialogue au plus vite, pour enfin comprendre. Il semble évident qu'IBM est efficace sur son cœur de métier(s). Si les soucis viennent de la crise, alors il faut le dire, car de l'extérieur, côté chiffres, ce n'est pas très visible. Et s'il y a derrière quelque chose à cacher, il est grand temps de l'exprimer. Que l'entreprise crée de la richesse, c'est normal. Mais que l'entreprise, quelle qu'elle soit, le fasse avec une certaine éthique me paraît tout aussi normal."

 

Quitte à accorder à IBM quelques concessions ? "Qu'ils me demandent, je suis au service des salariés comme je suis au service des entreprises. Mon boulot, c'est de soutenir l'activité économique. Je veux que les volontés se rejoignent, je ne veux plus parler par communiqués de presse interposés." L'Intersyndicale, elle, n'y croit plus vraiment : trop de coups bas, pas de réponses, la chronique d'une fusion sud-est annoncée avec son lot de licenciements. La pilule est amère, et le fameux dialogue se fait attendre.

 

 

 

Isabelle Auzias