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Vendredi 20 d¨¦cembre 2013 l Tribune Bulletin Cte d¡¯Azur l
31 l
Art >
Trois expositions
pour bien d¨¦buter l¡¯hiver
Projets p¨¦dagogiques et artistes invit¨¦s, a bouge ¨¤ Arson.
n ne se d¨¦pla-
cera pas pour
rien avec trois
expositions,
beaucoup
d¡¯ironie et d¡¯enthou-
siasme. Pour tout
saisir, ne surtout pas
oublier qu¡¯on est dans
une ¨¦cole d¡¯art et que
le chemin parcouru
peut s¡¯av¨¦rer plein de
m¨¦andres.
Dans la salle carr¨¦e,
tout a d¨¦marr¨¦ il y a
trois ans ¨¤ Gen¨¨ve et ¨¤
Nice sur une r¨¦flexion
crois¨¦e : comment
passe-t-on d¡¯un texte
¨¤ sa pr¨¦sentation
orale qui peut parfois
¨ºtre tr¨¨s dynamique
et gestuelle? De workshops en projections, les
participants se sont int¨¦ress¨¦s au corps de l¡¯ac-
teur et la dimension physique s¡¯est impos¨¦e. En
troisi¨¨me ann¨¦e, c¡¯est devenu le centre du tra-
vail autour des comp¨¦tences corporelles et du
burlesque dans leur rapport ¨¤ l¡¯art. Restitution
entre gymnase et cabaret pour une exposition
dynamique, rebondissant en questionnements
divers. On en prend plein les yeux entre le sac
de boxe r¨¦fl¨¦chissant d¡¯Esmeralda da Costa,
jeune diplm¨¦e et pratiquante de haut niveau,
la cage de foot de Wim Delvoye dont le filet
est constitu¨¦ d¡¯un vitrail repr¨¦sentant le bou-
langer, le cheval d¡¯arons enduit de graisse ¨¤
traire de Laurent Faulon, le total look cycliste
de Gal Peltier, pour n¡¯¨¦voquer que ces quatre
propositions. On en prend plein les neurones
¨¤ d¨¦crypter les questionnements sous tendant
ce d¨¦ploiement esth¨¦tique. De plus, tout le dis-
positif va se modifier chaque semaine, rythm¨¦
de performances le samedi et de projections le
dimanche.
Dans le d¨¦dale des
niveaux et des esca-
liers, le second volet
donne la parole ¨¤
une dizaine d¡¯ar-
tistes g¨¦orgiens
issus du Master de
l¡¯Ecole d¡¯art de Tbi-
lissi. Dans une tr¨¨s
joyeuse ambiance,
ils travaillent sur la
responsabilit¨¦ de
l¡¯artiste et la pr¨¦-
occupation d¡¯in-
tervenir le moins
possible sur un ter-
ritoire dans une par-
faite ¨¦conomie de
moyens. Recyclage
et d¨¦veloppement
durable, uvres
modestes et grande
po¨¦sie depuis le
voile irradi¨¦ suspendu dans le jardin, constitu¨¦
de sacs plastique color¨¦s, au mobile en oiseau
m¨¦tallique de r¨¦cup', de germination d¡¯une
ligne d¡¯oignons entre arte povera et conceptuel.
S¨¦quence partage autour de la table de travail
transform¨¦e en joyeuse d¨¦couverte des tradi-
tions gustatives g¨¦orgiennes, du vin qu¡¯ils font
eux-m¨ºmes (pas mal du tout) et l¨¤ aussi avec un
souci constant d¡¯¨¦conomie de ressource.
Le dernier volet donne la parole ¨¤ deux
artistes invit¨¦s, l¡¯anglais Olivier Beer basant
son travail sur l¡¯interaction de l¡¯architecture et
du son et le japonais Shingo Yoshida travaillant
sur les d¨¦placements (cam¨¦ra au poitrail d¡¯un
pigeon voyageur) coupl¨¦s ¨¤ ses propres inter-
ventions dans des no man¡¯s lands urbains. Un
travail po¨¦tique, ¨¦l¨¦gant et assez fascinant.
Liliane Tiberi
Jusqu¡¯au 13 janvier, triple exposition ¨¤ la Villa Arson
¨¤ Nice - ww.villa-arson.org
D¨¦tente
D¨¦tente
Beau Livre >
Calanques
Marseille-Cassis-La Ciotat
n a beau dire pis
que pendre sur Mar-
seille, il reste les
calanques¡­ Trai-
t¨¦es ici comme des corps
qu¡¯on caresse, qu¡¯on
d¨¦couvre, qu¡¯on pr¨¦-
serve, qu¡¯on aime avec
la passion et la po¨¦sie
d¡¯enfants du pays deve-
nus de solides profes-
sionnels. De magnifiques
photos sublim¨¦es par la
seule vision de Philippe
Richaud, disciple de
Muench, sans superflue
retouche, toutes choy¨¦es
¨¤ la chambre grand for-
mat, retraant 10 ans de
lumi¨¨res d¡¯exception, de paysages insouponn¨¦s, de
rencontres sauvages, de patience savamment dompt¨¦e.
Pour les habiller, la plume de Florent Favier, parfois
maquill¨¦e d¡¯alexandrins, toujours sensible. Deux Mar-
seillais qui se rencontrent dans le Mercantour, et la
magie prend forme grce aux Editions Gilletta, fid¨¨les
¨¤ leur mission d¡¯exception d¨¨s qu¡¯il s¡¯agit d¡¯encenser
nos terres, nos coutumes, nos hommes¡­ Pour venir ¨¤
bout de ce f¨¦erique patrimoine entre roche et sel o¨´ les
cinq ¨¦l¨¦ments s¡¯entrechoquent, et emmener le lecteur
dans ses pas d¡¯initi¨¦s, ils ont tout donn¨¦. Leur vision,
leur ¨¦rudition, et peut-¨ºtre m¨ºme un petit suppl¨¦ment
d¡¯me¡­
Isabelle Auzias
O
n ne se lasse pas de
ce paquebot Art d¨¦co
ancr¨¦ sur l¡¯une des
plus belles baies du monde.
Voiturier ¨¤ l¡¯entr¨¦e,
ambiance feutr¨¦e, lumi¨¨re
tamis¨¦e, un espace un
peu plus restreint quand
les baies vitr¨¦es se refer-
ment en hiver et que tout
se concentre au premier
niveau. Mais ne boudons
pas, le charme est ¨¦vi-
dent entre les vagues qui
battent sur le rocher du
ct¨¦ Chteau de l¡¯Anglais
et les voiles qui passent
vers le port de Nice.
Le service est attentionn¨¦ et la carte d¨¦cline ses
propositions aux libell¨¦s perfectionnistes. Si S¨¦bastien
Mahuet, lib¨¦r¨¦ du style Jouni qui fit la renomm¨¦e du
lieu, ne manque pas d¡¯imagination, il n¡¯est pas interdit
de garder quelque distance dans l¡¯appr¨¦ciation. D¨¦li-
cieux petit capuccino de choux fleur tendrement ¨¦qui-
libr¨¦, assez jolis canneloni ¨¤ la ricotta, bouillon (pas
si l¨¦ger que ne le dit la recette) de parmesan affin¨¦,
noisettes grill¨¦es du Pi¨¦mont, copeaux de parmesan
et riquette. Du got, ce qui devient parfois rare dans
la gastronomie, mais peut-¨ºtre un peu trop riche. Le
superbe pav¨¦ de cabillaud qui suit aurait probable-
ment gagn¨¦ ¨¤ un rien de moins en cuisson mais l¡¯¨¦pais-
seur de chair est remarquable : on ne triche pas sur
la qualit¨¦ du produit. Si le confit d¡¯¨¦chalote n¡¯est pas
mal venu, les haricots coco mijot¨¦s plombent un peu
le plat qui aurait gagn¨¦ ¨¤ plus de finesse, d¡¯envol¨¦e, ¨¤
un rien d¡¯acidit¨¦ dans les ¨¦quilibres. En dessert, les
macarons exotiques ne sont gu¨¨re convaincants et ne
laissent que le regret de n¡¯avoir pas opt¨¦ pour des pro-
positions fruit¨¦es.
La client¨¨le d¡¯hiver semble majoritairement
¨¦trang¨¨re, enchant¨¦e par ce lieu magique et exclusif.
L¡¯¨¦t¨¦, coursive sur mer ouverte, les Niois se d¨¦lectent
de ces moments et, le soir venu, la terrasse en bar ¨¤
champagne est l¡¯un des must de la Cte.
Liliane Tiberi
La R¨¦serve, 60 boulevard Franck Pilate, Nice.
04.97.08.14.80 - Menus ¨¤ 48, 72 et 85, le midi ¨¤ 35.
O
Bonne table >
La discr¨¨te R¨¦serve
en vitesse de croisi¨¨re
Toujours chic, mais un peu somnolente.
O
Op¨¦ra >
A Nice, une production
du Freysch¨¹tz digne d¡¯int¨¦r¨ºt
Dans la rarissime version franaise avec les r¨¦citatifs de Berlioz.
¡¯int¨¦r¨ºt de la
production
nioise vient,
en premier
lieu, de ce que Marc
Adam a d¨¦cid¨¦
d¡¯opter pour la ver-
sion franaise, celle
propos¨¦e ¨¤ l¡¯Op¨¦ra
de Paris en 1841
avec des r¨¦citatifs
de la main d¡¯Hector
Berlioz.
Il faut saluer le
tr¨¨s int¨¦ressant tra-
vail du d¨¦corateur
et du metteur en
sc¨¨ne. Peter Sykora
a construit un immense esca-
lier surmont¨¦ d¡¯une for¨ºt, le
tout sobre et sch¨¦matis¨¦, mais
pour autant cr¨¦ant avec une
extr¨ºme efficacit¨¦ le climat
suggestif qui sied tr¨¨s exacte-
ment ¨¤ l¡¯uvre. L¡¯osmose entre
le d¨¦corateur et le metteur en
sc¨¨ne, Max Montavon, est
absolument parfaite, ce der-
nier ayant en outre cr¨¦¨¦ une
multitude d¡¯effets de lumi¨¨res
superbes. Les artistes r¨¦unis
ne p¨ºchent en aucun cas par
d¨¦faut de musicalit¨¦. Le style
est chti¨¦ et, pour
certains d¡¯entre eux,
l¡¯articulation soign¨¦e.
Reste le probl¨¨me de
l¡¯ampleur vocale qui
fait, par-ci par-l¨¤, quel-
quefois d¨¦faut surtout
pour les oreilles habi-
tu¨¦es ¨¤ entendre dans
cette uvre des inter-
pr¨¨tes wagn¨¦riens.
Philippe Auguin
dirige de sa baguette
exp¨¦riment¨¦e la
musique de Weber; on
a notamment appr¨¦ci¨¦
le charme diaphane
des cordes dans l¡¯ac-
compagnement de la pri¨¨re
d¡¯Agathe ainsi que la c¨¦l¨¦-
brissime ouverture aux tempi
judicieusement ¨¦quilibr¨¦s.
Un immense bravo au Chur
particuli¨¨rement remarquable
dans cet ouvrage.
C.Jarniat
L
En selle avec Gal Peltier pour une exposition ¨¦volutive.
Jaussein
S¨¦bastien Mahuet.
Calanques Marseille-Cassis-La
Ciotat, aux ¨¦ditions Gilletta,
192p ¨¤ 34,90.