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Vendredi 20 d¨¦cembre 2013 l Tribune Bulletin Cte d¡¯Azur l
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Le Monde, St¨¦phane Lauer, 10/12/2013
Le P¨¨re Nol est en prison
Presque cinq ans d¨¦j¨¤ ! Evidemment, pour Ber-
nard Madoff, qui a ¨¦t¨¦ arr¨ºt¨¦ le 12 d¨¦cembre 2008,
le temps a pu sembler plus long : il n'a purg¨¦ qu'un
peu plus de 3% de la peine de 150 ans ¨¤ laquelle
il a ¨¦t¨¦ condamn¨¦ pour avoir mont¨¦ ce qui est
sans doute la plus grande escroquerie "pyramidale"
de tous les temps. Un sch¨¦ma de Ponzi qui porte
sur des sommes ¨¦valu¨¦es ¨¤ 65 milliards de dollars
(47,5 milliards d'euros).
Tel un spectre, il r¨¦apparat ¨¤ intervalles r¨¦guliers
¨¤ l'occasion d'interviews qu'il accorde ici et l¨¤ ¨¤
la presse. (...)
Visiblement, l'escroc n'a rien perdu de son allure
d¨¦contract¨¦e et bonhomme. Du fond de sa prison
f¨¦d¨¦rale, il est encore capable de blaguer sur les
conditions de sa d¨¦tention, ¨¦voquant sa chance
d'¨ºtre ¨¤ Butner (Caroline du Nord), qui a la r¨¦pu-
tation d'¨ºtre un p¨¦nitencier plus "d¨¦contract¨¦" que
d'autres : "On vous met l¨¤ o¨´ vous pouvez sur-
vivre", confie-t-il. Mais il ironise sur le fait que la
prison o¨´ est incarc¨¦r¨¦ son fr¨¨re, Peter Madoff,
condamn¨¦ ¨¤ 10 ans de d¨¦tention dans la m¨ºme
affaire, en d¨¦cembre 2012, est beaucoup mieux
que Butner. (...)
Cinq ans apr¨¨s, son magn¨¦tisme agit toujours :
cod¨¦tenus et gardiens lui demandent r¨¦guli¨¨re-
ment des tuyaux pour investir. Il a m¨ºme ¨¦t¨¦ sol-
licit¨¦ pour ouvrir un cours sur les placements en
Bourse. L'administration s'est oppos¨¦e au projet.
Madoff ne comprend toujours pas comment son
escroquerie a dur¨¦ si longtemps. "Les gens me
demandaient comment je faisais" pour offrir de tels
rendements, explique-t-il, "je refusais de leur dire,
mais ils continuaient ¨¤ investir". Des "gens sophis-
tiqu¨¦s" qui, "s'ils avaient v¨¦rifi¨¦, auraient trouv¨¦".
Aujourd'hui, Bernie se sent seul. Au sens propre
comme au figur¨¦. (...)
A la prison de Butner, chaque d¨¦tenu a droit ¨¤
cinq heures de conversation t¨¦l¨¦phonique par
mois. Mais Bernard Madoff ne les utilise pas:
"Je n'ai personne ¨¤ qui parler", se morfond-il.
Le Point, Violaine de Montclos, 12/12/2013
Chasseurs d'arnaqueurs
... Direction le 13e arrondissement parisien, o¨´
se trouve la BRDA, la Brigade de r¨¦pression de la
d¨¦linquance astucieuse. (...)
Cet acronyme (...) d¨¦signe (...) l'une des sept bri-
gades financi¨¨res de la Police judiciaire -le fameux
"Chteau des rentiers". "Quand on convoque
quelqu'un, par t¨¦l¨¦phone, ¨¤ la Brigade de r¨¦pression
de la d¨¦linquance astucieuse, situ¨¦e rue du Ch-
teau-des-Rentiers, c'est simple, une personne sur
deux croit ¨¤ une blague", s'agace un policier. "Et
remarquez bien que c'est la d¨¦linquance qui est dite
astucieuse, pas la brigade, hein, c'est tout de m¨ºme
emb¨ºtant", se marre un coll¨¨gue.
(...) A la BRDA, on traite les escroqueries, les
fraudes aux prestations sociales, les abus de fai-
blesse, les abus de confiance.
(...) Pour la commissaire Mich¨¨le Bruno, qui
dirige la brigade "(...) l'essentiel de nos "clients",
ce sont les escrocs. Des individus qui, grce ¨¤ leurs
mani¨¨res, leur apparente cordialit¨¦, parce qu'ils
matrisent le langage et les codes du milieu dans
lequel ils se sont introduits, obtiennent des biens ou
de l'argent." Elle a trente ans de maison, dont vingt-
deux de PJ. Sous ses ordres, 57 policiers r¨¦partis
en six groupes qu'elle m¨¨ne, accent chantant et
silhouette gironde, avec un plaisir manifeste.
(...) Pour le commandant Philippe Huet, "beau-
coup de victimes sont des gens instruits. R¨¦cem-
ment, j'ai eu un universitaire, et surtout un employ¨¦
de la Banque de France, dit-il. Le probl¨¨me, c'est
que ces gens-l¨¤ rechignent ¨¤ porter plainte, ils ont
tellement honte." (...)
Au sein du groupe dirig¨¦ par le commandant
Pierre Gasselin, qui traite les fraudes aux pres-
tations sociales, l'atmosph¨¨re est ¨¤ peine moins
rocambolesque. Ici, on voit de tout : des "retrai-
t¨¦s centenaires" qui continuent de percevoir leur
retraite alors qu'ils sont morts et enterr¨¦s depuis
des lustres, des accidents du travail fictifs, des
entreprises qui n'existent pas non plus, un drle
de monde o¨´ il convient de d¨¦m¨ºler en perma-
nence le vrai du faux et o¨´ l'essentiel du travail
est fourni par les fraudes ¨¤ la S¨¦curit¨¦ sociale. "Les
plus gros fraudeurs ne sont pas les assur¨¦s, mais les
professionnels de sant¨¦, dit Gasselin. La moderni-
sation informatique a ouvert un champ infini aux
fraudeurs. Il suffit d'un bip ¨¤ un pharmacien pour
facturer deux botes au lieu d'une, il suffit d'une
impulsion informatique ¨¤ un kin¨¦sith¨¦rapeute ou
¨¤ un dentiste pour enregistrer des actes qui n'ont
jamais eu lieu..."
Le Monde, Franck Johann¨¨s, 10/12/2013
La t¨ºte contre les murs
En moyenne, on enregistre le suicide d'un d¨¦tenu
presque tous les trois jours : 112 d'entre eux se
sont donn¨¦ la mort en 2011, 117 en 2012, 98 au 30
novembre de cette ann¨¦e, qu'ils soient en d¨¦ten-
tion ou en am¨¦nagement de peine.
Presque toujours des hommes, et presque tou-
jours par pendaison (¨¤ pr¨¨s de 95%), ¨¤ l'ge moyen
de 37 ans. Le nombre de personnes ¨¦crou¨¦es a plus
que doubl¨¦ depuis les ann¨¦es 1960, mais le taux
de suicides a presque quintupl¨¦ en cinquante ans,
selon la derni¨¨re ¨¦tude disponible des chercheurs
de l'Inserm et de l'administration p¨¦nitentiaire,
qui date de 2010.
La France est ainsi dans le peloton de t¨ºte du
plus fort taux de suicides en prison, au 6e rang
derri¨¨re l'Islande, le Luxembourg, la Slov¨¦nie, le
Danemark et la Su¨¨de, avec un taux de 14,6 pour
10.000 d¨¦tenus en 2007. Et m¨ºme au 4e rang, si
l'on ¨¦carte les biais statistiques (un seul suicide
en Islande, 2 au Luxembourg, 3 en Slov¨¦nie cette
ann¨¦e-l¨¤).
Ce sont les d¨¦tenus ¨¦crou¨¦s pour meurtre qui se
tuent le plus (46 pour 10.000 chaque ann¨¦e), puis
ceux qui ont ¨¦t¨¦ condamn¨¦s pour viol (26 pour
10.000) et pr¨¨s de 24 pour 10.000 pour les autres
atteintes aux moeurs. Les condamn¨¦s pour vol
aggrav¨¦ se suicident moins (10 pour 10.000), et
ceux qui le sont pour infractions ¨¤ la l¨¦gislation
sur les stup¨¦fiants, tr¨¨s peu (5 pour 10.000).
Est-ce la gravit¨¦ de l'infraction qui pousse au sui-
cide ou la dur¨¦e de la peine ¨¤ purger ? Les cher-
cheurs penchent pour la premi¨¨re hypoth¨¨se ; la
hausse du nombre de tu¨¦s s'explique d'ailleurs en
partie par l'augmentation du nombre de condam-
n¨¦s pour moeurs, pass¨¦s de 5% en 1980 ¨¤ 22%
vingt ans plus tard.
Un autre facteur a ¨¦t¨¦ mis en ¨¦vidence, sauf
curieusement en 2012 et 2013 : les pr¨¦venus (en
attente d'un jugement d¨¦finitif) se tuent deux fois
plus que les condamn¨¦s (31 pour 10.000 contre
12 pour 10.000). Un quart des suicides a d'ailleurs
lieu dans les deux mois qui suivent l'incarc¨¦ration,
et la moiti¨¦ dans les six premiers mois. (...)
On incarc¨¨re davantage et plus longtemps des
gens plus pr¨¦caires et d¨¦sociabilis¨¦s, qui se tuent
plus que les autres (...).
46% des entrants en prison n'ont pas d¨¦pass¨¦ le
niveau des ¨¦tudes primaires, 31% seulement affir-
ment avoir un emploi, les deux tiers sont c¨¦liba-
taires, un quart a "des consommations ¨¤ risque"
(alcool, drogue), un sur dix a ¨¦t¨¦ r¨¦guli¨¨rement
suivi par un psychiatre ou hospitalis¨¦ en psychia-
trie dans les douze mois pr¨¦c¨¦dents. (...)
Enfin, "il demeure un point aveugle" des statisti-
ciens, "le nombre de suicides anormalement ¨¦lev¨¦
des anciens d¨¦tenus lib¨¦r¨¦s", qui souligne cruelle-
ment le manque d'accompagnement ¨¤ la sortie.
La Croix, Marie Lamoureux, 12/12/2013
Le divorce des id¨¦es reues
Avec 130.000 divorces par an, auxquels s'ajoutent
les s¨¦parations des couples non mari¨¦s, les rup-
tures conjugales ne sont plus aujourd'hui un
ph¨¦nom¨¨ne rare. Et pourtant, beaucoup d'id¨¦es
reues circulent encore. cet ¨¦gard, l'enqu¨ºte que
vient de publier un collectif de onze sociologues
sur le traitement judiciaire de ces ruptures est par-
ticuli¨¨rement instructive (Au tribunal des couples,
Ed. Odile Jacob) (...)
D'autant que ses conclusions convergent avec
celles du dernier rapport du minist¨¨re de la Justice
sur "la r¨¦sidence des enfants de parents s¨¦par¨¦s", lui
aussi ¨¦difiant.
Premier enseignement majeur : dans 80% des
affaires, les parents sont d'accord sur le lieu de
r¨¦sidence de l'enfant.
(...) Ce n'est donc pas sur cette question que les
juges passent le peu de temps dont ils disposent
pour chaque affaire -les audiences durent en
moyenne dix-huit minutes !
Le principal contentieux porte sur la pension
alimentaire, qui repr¨¦sente les trois quarts des
litiges des couples avec enfants. Et l'enqu¨ºte des
sociologues r¨¦v¨¨le un d¨¦calage saisissant entre la
pr¨¦gnance de l'enjeu financier pour les couples et
le r¨¨glement "standardis¨¦" et "exp¨¦ditif" d'un sujet
consid¨¦r¨¦ par les magistrats comme "indigne" de
leur fonction. (...)
Les JAF, qui touchent des revenus "les situant
dans les 10% des salari¨¦s les mieux pay¨¦s", sont
(...) peu dispos¨¦s, dans l'ensemble, ¨¤ saisir l'impor-
tance pour les justiciables des enjeux ¨¦conomiques
de la majorit¨¦ des s¨¦parations, qu'ils peroivent
comme d¨¦risoires (...). C¨¦line Bessi¨¨re (sociologue
¨¤ Paris-Dauphine et membre du collectif Onze)
pr¨¦cise que, dans ce domaine, les m¨¨res, chez qui
les enfants r¨¦sident tr¨¨s majoritairement, sont
laiss¨¦es pour compte. "La pension ne compense pas
le cot de l'enfant", constate-t-elle ¨¤ l'issue de l'en-
qu¨ºte. Dans le tiers des cas, le juge n'en accorde
pas ; dans un autre tiers, la pension s'¨¦tablit entre
90 et 150 par mois et par enfant. Ce n'est que
dans 7% des cas qu'elle d¨¦passe 300. (...)
Ce qui frappe, ¨¤ la lecture de ce travail appro-
fondi, c'est l'importance du contentieux post-
divorce. En d'autres termes, on vient et on revient
devant le juge. " l'heure actuelle, souligne C¨¦line
Bessi¨¨re, 55% des couples divorcent par consen-
tement mutuel. Mais cela ne veut pas dire que le
divorce s'est pacifi¨¦, car ils viennent ren¨¦gocier le
montant de la pension ou les droits de visite. Toutes
proc¨¦dures confondues, les couples qui repassent au
tribunal repr¨¦sentent ainsi un tiers des affaires." Ce
qui explique en partie la masse du contentieux - un
juge aux affaires familiales traite en moyenne 800
affaires par an, dans un contexte o¨´ "les moyens
(...) allou¨¦s sont notoirement limit¨¦s", observent les
sociologues.
Revue de presse
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La semaine de Jean-Jacques Ninon www.ninon-avocats.com
Bernard Madoff