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Vendredi 6 d¨¦cembre 2013 l Tribune Bulletin Cte d¡¯Azur l
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Palmar¨¨s
Palmar¨¨s
Le point de vue d'Yvon Grosso
Les patrons au bord du gouffre
Dans notre pr¨¦c¨¦dent Palmar¨¨s, Yvon Grosso parlait d¨¦j¨¤ d¡¯entreprises qui allaient
droit dans le mur. Verdict ? On y est. Depuis un an, la situation s¡¯est lourdement d¨¦grad¨¦e,
tous les indicateurs ¨¦conomiques et sociaux sont au rouge.
artout se dresse le m¨ºme constat, une fr¨¦-
n¨¦sie fiscale hors du commun, du jamais
vu¡­ Le choc est tellement violent que nous
vivons d¨¦sormais dans une soci¨¦t¨¦ en proie
¨¤ la seule exasp¨¦ration. A l¡¯agacement, ¨¤ la
col¨¨re. Notre ¨¦conomie se d¨¦labre de mani¨¨re conti-
nue. D¨¦pit¨¦, notre pr¨¦sident local de l¡¯UPE et du
MEDEF conjoints. Qui ne parle plus de crise,
mais de transformation de notre mod¨¨le de soci¨¦t¨¦.
Notre pays a besoin d¡¯une r¨¦volution¡­ mentale.
D¡¯un changement de perspective radical. Oui, il lui
faut accepter et apprendre ¨¤ vivre avec les r¨¨gles
de la mondialisation et de l¡¯¨¦conomie r¨¦elle. Et
pour couronner le tableau, les Municipales, qui
s¡¯annoncent sanglantes, vont plomber notre d¨¦but
d¡¯ann¨¦e.
u Le moral des chefs d¡¯entreprises,
¨¤ la hausse ou ¨¤ la baisse ?
Yvon Grosso : A la baisse ! Il r¨¨gne un climat de
grande m¨¦fiance envers l¡¯action gouvernementale.
Devant cette politique ¨¦conomique de Gribouille, il y
a ce sentiment d¡¯accablement qui emp¨ºche de se pro-
jeter dans un meilleur avenir. Les chefs d¡¯entreprises
n¡¯accordent plus beaucoup de cr¨¦dit au monde poli-
tique¡­ Et la souffrance psychologique s¡¯installe.
u Quelles sont les mesures
qui ont aid¨¦ ou entrav¨¦ l¡¯activit¨¦ ?
L¡¯instabilit¨¦ de notre fiscalit¨¦ est un ¨¦norme frein,
les pr¨¦l¨¨vements obligatoires auront augment¨¦ de
pr¨¨s de 70Mds en 2013, une augmentation d¡¯envi-
ron 8%. Taxes sur les ¨¦pargnants, suppression de
l¡¯exon¨¦ration de charges sur les heures suppl¨¦men-
taires (pour le 06, cela repr¨¦sente 70M de moins
sur le pouvoir d¡¯achat des salari¨¦s¡­), il y a aussi la
ponction de 20% sur le budget de la CCI Nice Cte
d¡¯Azur (soit 3,6M), la participation aux b¨¦n¨¦fices
redistribu¨¦e ¨¤ nos salari¨¦s tax¨¦e ¨¤ 20% (au lieu des
8% avant 2012). C¡¯est une liste sans fin, un matra-
quage qui bien sr aura de lourdes cons¨¦quences
sur les entreprises et sur l¡¯emploi. Il y a eu quelques
aides aussi, mais qui n¡¯ont pas eu l¡¯effet escompt¨¦,
comme le Cr¨¦dit impt comp¨¦titivit¨¦ emploi (CICE)
qui devait permettre d¡¯abaisser le cot du travail
(4% en 2014, puis 6% en 2015), mais il se r¨¦v¨¨le
trop compliqu¨¦ ¨¤ mettre en place. Si l¡¯on veut all¨¦-
ger les cots salariaux, mieux vaut tout simplement
baisser les charges¡­ Il y a aussi les dispositifs d¡¯inci-
tation ¨¤ l¡¯embauche, contrats de g¨¦n¨¦ration et autres
emplois d¡¯avenir : pas assez nombreux pour stopper
l¡¯aggravation du chmage, qui a connu cette ann¨¦e
une progression ¨¤ deux chiffres sur notre d¨¦parte-
ment (+11%, c¡¯est plus que les moyennes PACA ou
France).
u L¡¯effort a-t-il ¨¦t¨¦ fourni
ct¨¦ finances publiques ?
Pas suffisamment. Il n¡¯y a pas eu d¡¯¨¦conomies
r¨¦elles, on freine plutt les d¨¦penses des diff¨¦rents
minist¨¨res, ¨¤ hauteur de 15Mds, c¡¯est un pas,
certes, mais a n¡¯est pas assez, il est vital de reve-
nir ¨¤ l¡¯¨¦quilibre. Je m¡¯explique : si je suis en sur-
charge pond¨¦rale de 10kg et que je vous dis que je
vais perdre 2kg, je suis toujours en surcharge¡­ Le
syst¨¨me ne marche plus. Il ne faut plus leurrer les
citoyens. C¡¯est d¨¦courageant de savoir que chaque
enfant qui nat en France cumule d¨¦j¨¤ ¨¤ son premier
jour une dette de 32.000 envers son pays.
u Sur quels atouts et faiblesses
se concentrer dans les Alpes-Maritimes ?
Nous avons des bassins d¡¯activit¨¦ bien identi-
fi¨¦s, une grande diversit¨¦ dans les fili¨¨res. 94% de
nos entreprises ont moins de 10 salari¨¦s, c¡¯est un
avantage en termes de reprises potentielles. La Cte
d¡¯Azur repr¨¦sente 28% des cr¨¦ations d¡¯entreprises
de la r¨¦gion PACA, notre ¨¦cosyst¨¨me va bien, et il
rajeunit. Mais rien n¡¯est possible sans de meilleures
infrastructures ct¨¦ transports, route ou rail, sans
un parc de logements ¨¦toff¨¦ pour nos actifs. Il faut
une r¨¦elle coh¨¦rence dans l¡¯am¨¦nagement du terri-
toire.
u Le traditionnel conseil
aux patrons azur¨¦ens ?
Je disais l¡¯an pass¨¦ qu¡¯en p¨¦riode difficile, il fallait
avant tout retrouver sa famille. Nous avons su le
faire, le mois dernier, o¨´ nous ¨¦tions plus de 1.200
chefs d¡¯entreprises ¨¤ f¨ºter les 40 ans de l¡¯UPE 06.
Une mobilisation qui, je l¡¯esp¨¨re, continuera ce 11
d¨¦cembre, lors d¡¯une grande manifestation pour
montrer notre exasp¨¦ration. Rejoignez-nous ! L¡¯UPE
est une force de proposition, elle peut aussi, si c¡¯est
n¨¦cessaire, ¨ºtre une force d¡¯opposition. En ces temps
¨¦lectoraux, nous pr¨¦parons avec la CCI le retour du
Pacte Eco : nous irons ¨¤ la rencontre des candidats
aux Municipales pour recueillir leurs engagements
en faveur du d¨¦veloppement ¨¦conomique dans les
communes. L¡¯entreprise n¡¯est pas un enjeu politique,
mais c¡¯est un bien pr¨¦cieux pour notre pays, avec
de nombreuses opportunit¨¦s ¨¤ saisir. Il faut pr¨¦f¨¦rer
l¡¯action, la vraie, celle qui contredit la fatalit¨¦, car
nous, patriotes de l¡¯¨¦conomie, croyons en l¡¯audace,
au courage et ¨¤ la force de l¡¯exemple.
Propos recueillis par Isabelle Auzias
Et pour 2014 ?
L¡¯ann¨¦e en cours a ¨¦t¨¦ riche en ¨¦v¨¦nements pour l¡¯UPE 06. Avec le renouvellement de mon mandat pour
trois ans, nous avons peaufin¨¦ le fonctionnement d¡¯une gouvernance, d¡¯une organisation et d¡¯une gestion
internes identiques ¨¤ celles des entreprises que nous d¨¦fendons. Nous avons intensifi¨¦ nos relations avec
la CGPME, la CCI, l¡¯Universit¨¦. Nous avons ¨¦toff¨¦ nos commissions, l¨¤ o¨´ les id¨¦es se transforment en
actions pour ¨¦pauler nos adh¨¦rents : Performance Globale 06, BA 06, FCPR 06, elles ont ¨¦t¨¦ nombreuses
et efficaces. Pour 2014, les perspectives ne sont pas bonnes, les d¨¦ficits d¡¯aujourd¡¯hui seront les impts
de demain. Et il y aura encore de nouvelles taxes et des augmentations d¡¯impts¡­ A l¡¯heure o¨´ la visibilit¨¦
s¡¯amenuise ct¨¦ carnets de commandes. Mais avec conviction, valeurs et force de combat, nous ferons
des propositions concr¨¨tes aux pouvoirs publics pour faire sortir notre pays de ce marasme. La confiance,
c¡¯est le moteur de la croissance. Et il faut avoir confiance en nos entreprises.
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Ses chiffres :
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des pr¨¦l¨¨vements obligatoires qui
auront augment¨¦ de 70Mds en 2013
(970Mds au total contre 900Mds en
2012, +8% en un an).
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un taux de pr¨¦l¨¨vement qui passe de
44,9% (2012) ¨¤ 46,3%
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70M de pouvoir d¡¯achat en moins
pour les salari¨¦s des Alpes-Maritimes
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en 2012, 30Mds d¡¯impts en plus sur
les m¨¦nages et les entreprises
Sa phrase :
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"Avec une dette publique qui approche
2.000 Mds, un d¨¦ficit de la S¨¦cu de
13,3Mds, des int¨¦r¨ºts de la dette qui
frisent les 47Mds... Voil¨¤ plus de 30 ans
que nos gouvernants ont laiss¨¦ notre
¨¦conomie s'affaiblir. Aujourd'hui, nous
sommes face aux r¨¦alit¨¦s..."