background image
l
Vendredi 29 novembre 2013 l Tribune Bulletin Cte d¡¯Azur l
3 l
Actualit¨¦
Actualit¨¦
os¨¦ Massol est un convaincu. Cet ancien
ing¨¦nieur Thompson, sp¨¦cialiste des
fusions ¨¤ forts enjeux et des missions de
haut vol, est aujourd¡¯hui aux r¨ºnes d¡¯une
trentaine de BA azur¨¦ens, tous persuad¨¦s
du bien fond¨¦ du travail en ¨¦quipe. Vice-
pr¨¦sident de la f¨¦d¨¦ration France Angels depuis
2010, il est tomb¨¦ dans la marmite de l¡¯investis-
sement priv¨¦ un peu par hasard, sur un coup de
cur pour le projet de¡­ son voisin venois. Du
conseil d¡¯ami, il passe tr¨¨s vite au soutien finan-
cier sur un cr¨¦neau en devenir: l¡¯audit en d¨¦penses
t¨¦l¨¦com dans les entreprises. Avait-il le bon pro-
fil ? Sans doute. Un BA, c¡¯est quelqu¡¯un qui a un
peu d¡¯¨¦pargne, qu¡¯il est pr¨ºt ¨¤ risquer pour inves-
tir dans une startup innovante ¨¤ fort potentiel. Il
doit aussi assurer l¡¯accompagnement b¨¦n¨¦vole ¨¤
l'¨¦ducation du futur chef d¡¯entreprise, surtout sur
la gouvernance et le management. Et, pourquoi
pas, faciliter l¡¯ouverture de quelques portes grce
¨¤ son propre carnet d¡¯adresses. D¡¯o¨´ l¡¯importance
de ce travail d¡¯¨¦quipe, d¨¦j¨¤ mentionn¨¦, qui per-
met la salvatrice superposition des comp¨¦tences
n¨¦cessaires ¨¤ la r¨¦ussite. A Nice, qui sont-ils ? En
grande majorit¨¦, nous avons de 35 ¨¤ 70 ans, encore
actifs ou dynamiques retrait¨¦s, cadres, professions
lib¨¦rales, chefs d¡¯entreprises¡­ A chaque profil son
point fort : expert-comptable ou conseil en gestion
de patrimoine, commercial d¡¯envergure ou DRH,
l¡¯expertise doit ¨ºtre la plus compl¨¨te possible pour
¨ºtre r¨¦ellement efficace. Seul regret : sans doute le
manque de femmes, nous avons besoin d¡¯elles, elles
ont un regard diff¨¦rent, c¡¯est int¨¦ressant.
Pour tous, l¡¯envie d¡¯investir reste pr¨¦gnante.
Pour ce faire, les BA azur¨¦ens ont cr¨¦¨¦ leur petite
holding : on les appelle SIBA (Soci¨¦t¨¦s d¡¯Inves-
tissements des Business Angels). Nous recevons
des projets d¡¯entreprises en cr¨¦ation, souvent tr¨¨s
en amont, par l¡¯interm¨¦diaire de notre plateforme
internet. Puis c¡¯est la s¨¦lection, par ¨¦tapes : si nous
sommes int¨¦ress¨¦s, le candidat sera invit¨¦ ¨¤ l¡¯une
de nos r¨¦unions mensuelles pour une pr¨¦sentation
rapide, qui permet d¡¯avoir un aperu sur la per-
sonne. L¡¯humain, c¡¯est important¡­ Si l¡¯un ou plu-
sieurs des BA pr¨¦sents se montrent confiants (on
les appelle alors parrains), vient la phase d¡¯¨¦tude
approfondie du projet, deux ¨¤ trois mois en g¨¦n¨¦-
ral. Si l¡¯int¨¦r¨ºt ne faiblit pas, alors le candidat est
rappel¨¦ ¨¤ la table des Sages, pour une pr¨¦sentation
plus pouss¨¦e. La d¨¦cision est imm¨¦diate. Va t¡¯on
passer par la holding ? Qui va investir et combien ?
Puis c¡¯est la n¨¦gociation des obligatoires actes juri-
diques avant signature finale, et on d¨¦marre pour
huit ¨¤ dix ans d¡¯accompagnement. Une dur¨¦e
cons¨¦quente, qui explique cet engagement sans
faille prn¨¦ par nos serial entrepreneurs. Un enga-
gement qui sera ¨¦galement financier, et d¨¨s le d¨¦part
il faut s¡¯attendre ¨¤ rajouter ct¨¦ investissements au
fur et ¨¤ mesure du d¨¦veloppement de l¡¯entreprise.
Que gagne vraiment le Business Angel
au final ? Sur une dizaine de projets s¨¦lectionn¨¦s,
trois ou quatre vont mourir en cours de route, trois
ou quatre autres vont vivoter, et deux vont bril-
ler. Ramen¨¦ au travail d¡¯une ann¨¦e sur l¡¯antenne
nioise de M¨¦diterran¨¦e Investissements, sur une
centaine de pr¨¦-s¨¦lectionn¨¦s, seuls trois ou quatre
iront jusqu¡¯au bout de l¡¯aventure ¨¦paul¨¦s par leurs
parrains. Un ratio de 3%, tout ¨¤ fait normal dans
les m¨¦tiers soumis aux risques. a ne veut pas dire
que les 97% restants sont de mauvais projets, sim-
plement qu¡¯ils peuvent sans doute se d¨¦brouiller
sans nous, avec de l¡¯investissement classique. Si
au d¨¦part, il n¡¯y a ni innovation, ni fort potentiel
de croissance, a n¡¯est pas pour nous¡­ Oui, notre
credo, c¡¯est cr¨¦er de la richesse en esp¨¦rant pouvoir
en tirer une plus-value. En s¡¯investissant vraiment,
qu¡¯il s¡¯agisse de moyens financiers ou de moyens
humains, pour faire d¨¦coller des primo-cr¨¦ateurs
qui ne sont pas assez solides pour se lancer seuls.
Il faut ¨ºtre passionn¨¦, a n¡¯est pas un loto. Et par-
fois, le succ¨¨s est au rendez-vous, comme ce pro-
jet marseillais qui symbolisait alors l¡¯arriv¨¦e du
e-commerce, monshowroom.com.
Quel investissement de d¨¦part ? Pour le
premier tour de capital ext¨¦rieur, la fourchette se
situe g¨¦n¨¦ralement de 150.000 ¨¤ 500.000, hors
pr¨ºts et familles. A 150, un r¨¦seau peut y arriver.
Au del¨¤, nous allons chercher des partenaires, des
r¨¦seaux coll¨¨gues, au sein de France Angels. Et il
faut une sacr¨¦e confiance quand le tour de table
est impuls¨¦ par une autre ¨¦quipe¡­ Mais ces co-
investissements sont tr¨¨s fr¨¦quents, et nous collabo-
rons depuis presque cinq ans avec les sept r¨¦seaux
de la r¨¦gion PACA. Les BA locaux peuvent aussi
compter sur des groupes plus sp¨¦cialis¨¦s, souvent
bas¨¦s sur Paris : sant¨¦, informatique, cleantech ou
for¨ºts (et bientt sur le segment pr¨¦cis du luxe), ils
offrent aux antennes g¨¦ographiques une expertise
suppl¨¦mentaire. M¨ºme principes avec les teams
d¡¯anciens des grandes ¨¦coles, commerce ou ing¨¦-
nieurs. Pour Jos¨¦ Massol, ce sera Arts & M¨¦tiers,
pr¨¦sente en Provence.
Pas dans les pratiques franaises, le recours
aux business angels ? a n¡¯est pas flagrant. Bien
sr, ce sont des activit¨¦s que l¡¯on rencontre un peu
plus dans la culture anglo-saxonne, et moins dans
l¡¯arc latin. Mais c¡¯est vrai pour toute la finance.
L¡¯industrie du capital risque s¡¯est d¨¦velopp¨¦e aux
USA, en Isral, en Grande-Bretagne pour l¡¯Europe.
En France, a n¡¯est pas si mal, mais nous pourrions
faire encore mieux, nous avons besoin d¡¯¨¦duquer
nos ¨¦lites et nos enseignants au monde ¨¦conomique.
Il ne faut pas se lamenter, nous avons gagn¨¦ en cr¨¦-
dibilit¨¦ par nos modes d¡¯intervention. A travers les
professionnels qui viennent derri¨¨re nous, comme
les fonds d¡¯investissements. Oui, les BA matrisent
leur m¨¦tier, m¨ºme s¡¯il ne s¡¯agit pas vraiment d¡¯un
m¨¦tier, puisqu¡¯il n¡¯est pas certain qu¡¯ils touchent un
salaire. Mais les pratiques se professionnalisent avec
le temps. Beaucoup de pays regardent aujourd¡¯hui
vers nous.
Isabelle Auzias
Business angels,
mode d¡¯emploi
La 8e semaine d¨¦di¨¦e s¡¯ach¨¨ve partout en France. A Nice, l¡¯enjeu est double : il s¡¯agit d¡¯informer,
certes, mais aussi de recruter. La mission du r¨¦seau azur¨¦en M¨¦diterran¨¦e Investissements.
J
Tout le monde peut-il ¨ºtre
un bon business angel ?
Non, comme dans toute activit¨¦ qui comporte
des risques. Le pourcentage de r¨¦ussite est
faible, il faut pouvoir investir au moins 10.000
par an. Id¨¦alement, on ne doit jamais investir
plus de 5% de son ¨¦pargne financi¨¨re¡­ Il faut
en plus avoir du temps et avoir envie. C¡¯est tout
sauf un investissement passif. Sinon, mieux vaut
s'en remettre ¨¤ un bon conseiller ¨¤ la banque¡­
Il n¡¯y a pas que des r¨¦seaux, il y a aussi les
business angels individuels : Pierre Kosciusko-
Morizet ou Xavier Niel, ils investissent en
amorage parce qu¡¯ils ont r¨¦ussi, et r¨¦injectent
dans l¡¯¨¦conomie. Ils ne veulent pas travailler en
r¨¦seau, c¡¯est un choix, mais ils ont les moyens
de financer une ¨¦quipe pour accompagner leurs
projets. En r¨¦alit¨¦, ils sont plus proches du fonds
d¡¯investissement que du pur BA. Les atouts pour
¨ºtre un bon BA ? Etre un entrepreneur qui a fait
ses preuves et faire partager ses exp¨¦riences,
ou un cadre qui veut enfin participer ¨¤ la grande
aventure entrepreneuriale aux ct¨¦s d¡¯un chef
d¡¯entreprise, pour trouver la petite dose de
sel qui manquait ¨¤ sa carri¨¨re¡­ Etre BA, c¡¯est
aussi continuer ¨¤ apprendre et ¨¤ comprendre
l¡¯¨¦conomie locale. C'est... entreprendre.
Pour
Jos¨¦ Massol, un
bon business
angel doit avant
tout ¨ºtre pr¨ºt
¨¤ s'investir en
termes de dur¨¦e,
qu'il s'agisse
de parrainage
b¨¦n¨¦vole ou
d'investissement
financier.
Quid des FCPR (fonds communs de placement ¨¤ risque) ?
La diff¨¦rence est fondamentale avec l¡¯esprit BA. Ce sont des fonds d¡¯investissements associ¨¦s ¨¤ un
groupe de consultants, l¡¯accompagnement est payant. Ct¨¦ structure, pas de SIBA, mais une ¨¦quipe
de gestion r¨¦mun¨¦r¨¦e et des investisseurs pour alimenter le fonds, qui g¨¦n¨¦ralement n¡¯interviennent
ni dans la s¨¦lection ni dans l¡¯accompagnement. Peut-¨ºtre un peu moins traumatisant : chez nous,
quand a ne marche pas, la frustration n¡¯est pas que financi¨¨re, c¡¯est un divorce.