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Vendredi 15 novembre 2013 l Tribune Bulletin Cte d¡¯Azur l
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Lois et chiffres
Lois et chiffres
Grasse : une rentr¨¦e rythm¨¦e
forte en ¨¦motions
Folle soir¨¦e ce 8 novembre pour les avocats du barreau grassois,
entre nombreux rappels ¨¤ l¡¯histoire et percutantes festivit¨¦s. Compte rendu en images¡­
On connat (et l'on pl¨¦biscite) l¡¯originalit¨¦ affich¨¦e du Barreau.
La surprise suivante viendra des jeunes musiciens de l¡¯Orchestre des Per-
cussions (avec parmi eux un certain¡­ Simon Turrillo, fils de l¡¯honorable
chef de c¨¦r¨¦monie) : place ¨¤ une incroyable batucada, tambours en bandou-
li¨¨re pour guider les invit¨¦s du Palais ¨¤ l¡¯Espace Chiris, quelques centaines
de m¨¨tres s¨¦v¨¨rement rythm¨¦es dans les rues de Grasse, endiabl¨¦ cort¨¨ge,
applaudissements soutenus devant cette d¨¦bauche de dynamisme revigo-
rante. La petite grimpette n¡¯aura d¨¦rout¨¦ personne, mais en aura ¨¦tonn¨¦
plus d'un : au passage de l'insolite troupe, les fen¨ºtres s'allument, et ls rive-
rains, surpris, tapent des mains en cadence. Plutt une mise en jambes pour
la soir¨¦e ¨¤ venir, jazzy et musicale avec le concours de La Tribu et de ses
clinquants cuivres. Ap¨¦ritif dnatoire appr¨¦ci¨¦ et gourmand, piste de danse
prise d¡¯assaut, salle red¨¦cor¨¦e aux allures de bote branch¨¦e¡­ D¨¦contraction
exig¨¦e, les talons tombent et l¡¯on danse pieds nus jusque tard dans la nuit,
une coupette en main et un large sourire aux l¨¨vres. Et si le dossier de l¡¯aide
juridictionnelle est toujours en attente, il est une affaire, ¨¤ Grasse, que l¡¯on
sait plaider toutes sp¨¦cialit¨¦s confondues : celle
de la confraternit¨¦¡­
Isabelle Auzias
ls sont venus, ils sont tous l¨¤, derri¨¨re Me Jonathan Turrillo et Me Cathe-
rine Becret-Christophe, qui vivait l¨¤ sa derni¨¨re rentr¨¦e solennelle avant
que d¡¯endosser son costume de btonnier, dans quelques semaines.
Et la Maison de l¡¯Avocat n¡¯aurait pu accueillir la foule d¡¯invit¨¦s et les
diverses surprises du programme (charg¨¦ et ambitieux) : cap sur le Palais
de Justice, et pr¨¦liminaires dans la salle d¡¯audience avec le consentement
du pr¨¦sident Ruffier. Non, ce ne fut d¨¦cid¨¦ment pas une rentr¨¦e ordinaire.
En filigrane flottait le souvenir des glorieux an¨¦s, tout particuli¨¨rement, en
cette semaine de comm¨¦morations, celui des avocats du Barreau de Grasse
tomb¨¦s au front lors de la Grande Guerre. De l¡¯¨¦motion, et un curieux
clin d¡¯il de l¡¯histoire, avec cette d¨¦lib¨¦ration quasi-centenaire lue par le
Btonnier Turrillo, o¨´ les confr¨¨res d¡¯alors s¡¯alarmaient devant les difficult¨¦s
rencontr¨¦es par¡­ l¡¯aide juridictionnelle, sujet combien d¡¯actualit¨¦ (voir
notre vid¨¦o). Une belle et caustique introduction.
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Entre fol amour et belle justice, voire juste proc¨¦dure, la fronti¨¨re
est t¨¦nue. Et parfois le vocabulaire et la faon de (bien) le manier quelque
peu¡­ ambigus, comme l¡¯ont montr¨¦ les deux nouveaux secr¨¦taires de la
Conf¨¦rence du Stage, ultime ¨¦tape d¡¯un concours d¡¯¨¦loquence r¨¦serv¨¦ aux
jeunes confr¨¨res, remis ¨¤ l¡¯ordre du jour apr¨¨s une br¨¨ve interruption. A
la barre, le couple Aur¨¦lie Laversa-Vincent / Ludovic Loyer, unis ¨¤ la barre
pour une originale plaidoirie o¨´ robes noire et blanche se confondent en
de r¨¦ussies joutes oratoires sur fond de conflit amoureux et de slam (voir
notre vid¨¦o). Une d¨¦monstration de force qui n¡¯a manqu¨¦ ni de pr¨¦cision ni
d¡¯humour, avec un d¨¦nouement¡­ (d)¨¦tonnant, bien en phase avec l¡¯esprit
du jour, o¨´ la caution solidaire n¡¯aura pas fait long feu face aux affres du
quotidien.
Il r¨¦gnait au Palais l'atmosph¨¨re des grands jours, imposante
sc¨¨ne mont¨¦e dans la salle des Pas perdus et foule de si¨¨ges pour pro-
fiter du spectacle. Courts discours protocolaires d¡¯usage, ¨¦mouvante lec-
ture de mots d¡¯antan, emprunt¨¦s au Btonnier L¨¦on Escolle, prononc¨¦s le
23 juin 1919 devant son barreau rassembl¨¦, hommage aux combattants
comme ¨¤ ceux rest¨¦s aux services d¡¯arri¨¨re en raison d¡¯un ge trop avanc¨¦,
hommage surtout aux quatre membres du Barreau de Grasse qui ne sont
jamais revenus : le capitaine Roca, les sous-lieutenants Jourdan et Laure et
Me Salamite, morts pour la France, mais aussi pour la d¨¦fense du droit et de
la justice. Ce 23 juin 1919, il ¨¦tait question d¡¯apposer dans l¡¯une des salles
de l¡¯ancien Palais de Justice une plaque comm¨¦morative, pour ainsi donner
un nouvel exemple de l¡¯esprit de solidarit¨¦ qui soit avant, soit durant la guerre,
n¡¯a cess¨¦ de nous animer, et nous montrerons aux g¨¦n¨¦rations futures que les
membres du Barreau de Grasse ont su, comme tous ceux des autres Barreaux,
d¨¦fendre la cause la plus sacr¨¦e entre toutes : celle de la Patrie. Et le Barreau
aujourd¡¯hui se souvient, transf¨¦rant ladite plaque au cur de l¡¯actuel Tribu-
nal, et proposant un r¨¦el moment de grce o¨´ un brillantissime Orchestre
des Percussions de la Cte d¡¯Azur aura rendu lui-aussi son hommage appuy¨¦
aux soldats disparus, en s¡¯attaquant au Concerto pour la Main Gauche de
Maurice Ravel, uvre tout en symboles, accompagn¨¦ par une habit¨¦e
Val¨¦rie Bautz pour la partie piano. Sur l'avant-sc¨¨ne trnait un casque de
Poilu, solennel et solitaire, impassible aux vibrations impos¨¦es par l'or-
chestre.