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Vendredi 25 octobre 2013 l Tribune Bulletin Cte d¡¯Azur l
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Lib¨¦ration, Fabrice Tassel, 18/10/2013
Prog¨¦niture
... L'un des nouveaux patrons du "100" [rue de
l'Universit¨¦] s'appelle Antonin L¨¦vy, 33 ans, "fils
de" (Bernard-Henri). Cet avocat sp¨¦cialis¨¦ dans
le p¨¦nal des affaires a suivi la voie royale pour
d¨¦fendre et donc peut-¨ºtre frayer avec le Bottin
mondain et le CAC 40, gagner tr¨¨s bien sa vie et
n'avoir que cet objectif. (...) Autant lever le voile
d'embl¨¦e : l'homme est discret, et m¨ºme secret
sur tout ce qui touche ¨¤ son patronyme, une sorte
d'"anti-BHL" pour faire (trop) court. (...)
Il (...) a fond¨¦, en 2007, l'association Pierre Cla-
ver, qui aide des demandeurs d'asile ¨¤ s'int¨¦grer
en France avant l'examen de leur requ¨ºte. C'est
peu de dire que la plupart des avocats ayant leur
bureau ¨¤ Saint-Germain-des-Pr¨¦s se soucient
assez peu de cette cat¨¦gorie de justiciables.
L¨¦vy n'a que 26 ans lorsqu'il commence ¨¤ travail-
ler chez Jean-Michel Darrois, un monstre sacr¨¦
parmi les avocats d'affaires. Antonin, quatri¨¨me
secr¨¦taire de la conf¨¦rence du stage, le concours
d'¨¦loquence des jeunes pousses du barreau, y fait
ses premi¨¨res armes dans des dossiers de fusions-
acquisitions. Mais l'essentiel tient plutt dans sa
rencontre avec Franois Sureau, "le genre d'avocat
qui vous donne envie d'¨¦pouser ce m¨¦tier", raconte
L¨¦vy.
(...) Avant Metzner, Sureau sera le premier mentor
du surdiplm¨¦, classe pr¨¦pa litt¨¦raire ¨¤ F¨¦nelon,
Sciences-Po, troisi¨¨me cycle ¨¤ New York en droit
des affaires. Sureau transmet surtout au jeune
avocat sa passion du droit des ¨¦trangers. Les deux
hommes se retrouvent ainsi un soir chez D¨¦cath-
lon pour y acheter un stock de sacs de couchage
qu'ils distribuent ensuite ¨¤ des migrants, gare de
l'Est. Mais l'essentiel de leur action reste sur le
terrain du droit : "On voulait un syst¨¨me ¨¤ l'am¨¦-
ricaine, se souvient Antonin L¨¦vy. Nous avons sol-
licit¨¦ d'autres avocats d'affaires, plutt privil¨¦gi¨¦s,
capables de d¨¦gager du temps et des moyens pour
monter des dossiers b¨¦ton." (...)
Bien que tr¨¨s discr¨¨te, l'association Pierre Cla-
ver vient d'accueillir son 1500e demandeur d'asile,
et une centaine d'avocats oeuvrent de temps en
temps, b¨¦n¨¦volement, pour la cause.
(...) Invit¨¦, comme toute la conf¨¦rence du stage,
¨¤ la table de Nicolas Sarkozy ¨¤ l'Elys¨¦e, il ¨¦coute
l'ancien Pr¨¦sident d¨¦fendre son id¨¦e de peine de
sret¨¦ contre les d¨¦linquants sexuels. "Quand un
p¨¨re qui a perdu sa fille me demande ce que je dois
faire, je lui dis quoi ?" l'imite L¨¦vy, jusqu'aux tres-
saillements sarkozystes de l'¨¦paule. "Eh bien, vous
pouvez lui dire que la France a des principes et que
s'il n'aime pas cette France-l¨¤, il n'a qu'¨¤ la quitter",
r¨¦plique le jeune avocat. Sarko ¨¦ructe : "Quoi !"
"Je ne sais pas si Sarkozy connaissait mon nom",
sourit L¨¦vy.
Son nom, ou plutt celui de son p¨¨re, n'est ¨¦vi-
demment pas toujours facile ¨¤ porter (...).
L'enfance a ¨¦t¨¦ confortable et heureuse, parta-
g¨¦e entre la rue Madame et la rue M¨¦dicis, dans
le tr¨¨s chic VIe arrondissement parisien, apr¨¨s
la s¨¦paration, alors qu'il n'avait que huit ans, de
son p¨¨re Bernard-Henri et de sa m¨¨re Sylvie, n¨¦e
Bouscasse, ¨¦ditrice puis publicitaire, dont il est le
seul enfant. De son p¨¨re, Antonin a des souvenirs
"de fiert¨¦", habitu¨¦ tr¨¨s jeune ¨¤ l'accompagner dans
des conf¨¦rences le week-end ¨¤ l'¨¦tranger ("l'Alba-
nie ¨¤ 14 ans, quel souvenir !") ou dans des meetings
¨¤ la Mutualit¨¦. (...)
Entre 16 et 20 ans, il ¨¦tudie sans certitude. Ce
n'est qu'¨¤ Sciences-Po que la carri¨¨re d'avocat lui
saute aux yeux. Dans la famille L¨¦vy, il est le pre-
mier plaideur, une profession dont il rapproche
l'oralit¨¦ du respect du verbe dans la religion juive.
Le Monde, Franck Johann¨¨s, 16/10/2013
Inauguration
C'est la justice aux champs. L'annexe du Tribunal
de grande instance de Meaux, en Seine-et-Marne,
s'est pos¨¦e au bord d'un immense champ de mas,
discr¨¨tement survol¨¦ par les avions qui se posent
¨¤ l'a¨¦roport de Roissy, tout proche. Le tribunal est
bord¨¦ ¨¤ sa droite par une compagnie de Crs et par
le centre de r¨¦tention administrative du Mesnil-
Amelot ; l'ensemble forme un m¨ºme btiment ocre
et terre de Sienne, un peu s¨¦v¨¨re mais flambant
neuf.
C'est tr¨¨s commode ; les sans-papiers sont main-
tenus dans le centre de r¨¦tention, un magistrat
statue sur leur sort ¨¤ deux pas de l¨¤, et ils sont ren-
voy¨¦s dans leur pays grce ¨¤ l'a¨¦roport voisin. Ils
peuvent m¨ºme regarder les avions par la fen¨ºtre.
Le tribunal, en son annexe, a tenu sa premi¨¨re
audience, lundi 14 octobre, devant un public
homog¨¨ne de journalistes et de militants venus
d¨¦noncer cette "justice d'exception". Les magis-
trats, sans surprise, ont balay¨¦ leurs arguments.
Boubacar F., un S¨¦n¨¦galais de 30 ans, a ¨¦t¨¦
le premier ¨¤ essuyer les pltres du nouveau tri-
bunal. (...)
Depuis un arr¨ºt de la Cour de justice de l'Union
europ¨¦enne du 28 avril 2011, le d¨¦faut de titre de
s¨¦jour n'est plus un d¨¦lit, le jeune homme est donc
retenu, pas d¨¦tenu. Il peut t¨¦l¨¦phoner, recevoir des
visites, mais pas sortir. Avant son expulsion.
(...) La Cimade, association oecum¨¦nique d'en-
traide, est la seule ¨¤ assister les ¨¦trangers en r¨¦ten-
tion dans ce centre. (...)
La Cour de cassation a jug¨¦ en 2011 qu'une salle
d'audience ne pouvait pas ¨ºtre plac¨¦e dans un
centre de r¨¦tention mais devait ¨ºtre "autonome".
Pour l'avocat, une m¨ºme enceinte englobe le
centre de r¨¦tention et l'annexe, il s'agit en fait du
m¨ºme btiment. (...)
Ils ¨¦taient deux juges ¨¤ se partager l'audience
lundi, dont Herv¨¦ Allain, qui s'¨¦tait visiblement
lev¨¦ du pied gauche. Lorsque l'un des retenus
lui explique qu'il n'a pas pu joindre la Cimade
le matin, il lui r¨¦pond : "La Cimade touche
800.000 euros par an pour ¨ºtre pr¨¦sente. Je vous
rassure, en un peu plus d'un an et demi de fonc-
tion, je les ai vus une fois." Consternation dans la
salle, o¨´ le d¨¦vouement de l'association est notoire.
(...)
Sur le fond, les magistrats sont tom-
b¨¦s d'accord pour estimer que l'an-
nexe comprend des salles d'audience
"autonomes, qu'aucun barbel¨¦ ne
ceint", "qu'elles sont aussi s¨¦par¨¦es des
centres de r¨¦tention et autres locaux
d¨¦pendant du ministre de l'Int¨¦rieur et
ne sont pas reli¨¦es, de quelque faon
que ce soit, aux btiments composant
les centres de r¨¦tention", bien que les
retenus aient pu passer par l'int¨¦rieur. Tous les
¨¦trangers de la matin¨¦e ont ¨¦cop¨¦ de vingt jours
de r¨¦tention suppl¨¦mentaires.
La Croix, Flore Thomasset, 15/10/2013
Optimisme
Entretien avec Isabelle Gorce, directrice de
l'administration p¨¦nitentiaire.
La principale mesure de la r¨¦forme p¨¦nale, la
cr¨¦ation de la contrainte p¨¦nale, repose sur vos
¨¦paules. Avez-vous les moyens des ambitions
de la ministre ?
Isabelle Gorce : Pour la p¨¦nitentiaire, la r¨¦forme
est un chantier colossal. Le gouvernement a annonc¨¦
la cr¨¦ation de 1.000 postes, sur trois ans, dans nos
services p¨¦nitentiaires d'insertion et de probation
(Spip). C'est beaucoup. L'objectif est d'arriver ¨¤ 40
dossiers de contraintes p¨¦nales par conseiller, mais
en r¨¦alit¨¦, on est un peu dans l'inconnu car nous
ne savons pas comment les juges vont s'emparer de
la contrainte p¨¦nale. Tout d¨¦pendra du contenu que
nous leur proposerons.
Cette nouvelle peine devra ¨ºtre une alternative ¨¤
la prison aussi contenante que l'enfermement. (...)
Beaucoup de personnes craignent des d¨¦fauts
dans le suivi des condamn¨¦s et donc une aug-
mentation de la r¨¦cidive. Que leur r¨¦pondez-
vous ?
I. G. : Il est normal que la r¨¦cidive fasse peur. C'est
un probl¨¨me extr¨ºmement complexe. (...)
La d¨¦tention est une rupture sociale, familiale, pro-
fessionnelle. Elle est parfois utile quand elle permet
de marquer le coup, mais elle suffit rarement. Il faut
que la personne reconstruise un projet de vie.
Actuellement, la peine de r¨¦f¨¦rence, en milieu
ouvert, est le sursis avec mise ¨¤ l'¨¦preuve. Cette
mesure est ¨¤ bout de souffle car elle est ¨¤ la fois
trop peu contenante pour le condamn¨¦ et trop rigide,
avec le couperet de la prison en cas de non-respect.
Tout l'int¨¦r¨ºt de la contrainte, telle qu'elle est envisa-
g¨¦e, repose sur sa souplesse : le juge pourra renforcer
ou relcher le contrle sur le condamn¨¦, adapter le
contenu et le mettre en prison s'il ne se conforme
pas aux obligations prescrites. La d¨¦tention, alors,
ne sera qu'une ¨¦tape dans un parcours plus global.
Vous devrez aussi assumer l'autre mesure
phare de la r¨¦forme : la sortie des d¨¦tenus aux
deux tiers de la peine.
I. G. : En effet. (...) C'est une r¨¦volution pour nous
dans la mesure o¨´ actuellement, l'administration
compte sur la volont¨¦ et la d¨¦termination des d¨¦te-
nus pour pr¨¦parer cette sortie. Or beaucoup d'entre
eux ne sont pas dans cette d¨¦marche. Nos services
vont devoir aller chercher ces gens et construire avec
eux leur projet d'avenir. L¨¤ aussi, c'est une tche
colossale mais essentielle car on sait que les sorties
s¨¨ches, non pr¨¦par¨¦es, non encadr¨¦es, pr¨¦sentent un
fort risque de r¨¦cidive.
Pr¨¨s de 88.000 personnes sortent chaque
ann¨¦e de prison. Aurez-vous les moyens d'en
accompagner autant ?
(...) La sortie aux deux tiers concernera (...) beau-
coup de d¨¦tenus, et probablement les plus d¨¦socia-
lis¨¦s d'entre eux, ceux qui se sont laiss¨¦s aller ¨¤ la
passivit¨¦ de la d¨¦tention. Cela demandera donc une
forte mobilisation de nos services.
Revue de presse
Revue de presse
La semaine de Jean-Jacques Ninon www.ninon-avocats.com
Bernard-Henri L¨¦vy