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Vendredi 18 octobre 2013 l Tribune Bulletin Cte d¡¯Azur l
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Lois et chiffres
Lois et chiffres
Patrimoine : c¡¯est le moment d¡¯orienter
son ¨¦pargne vers les actions
Jean-Pierre Gaillard ¨¦tait l¡¯invit¨¦ d¡¯honneur du 2e colloque sur la gestion de fortune
¨¤ Mougins, o¨´ il a fait partager son optimisme aux nombreux participants.
¡¯est le bon moment pour entrer
sur le march¨¦ des actions. Mal-
heureusement, il n¡¯y a aucune
culture actionnariale chez les
Franais, contrairement aux
Am¨¦ricains. Jean-Pierre Gaillard a
relev¨¦ le d¨¦fi : prouver ¨¤ l¡¯assistance
que c¡¯est le moment de s¡¯int¨¦resser ¨¤ la
bourse, et sans ¨ºtre rasoir. Au pr¨¦a-
lable, deux choses ¨¤ faire : savoir o¨´ l¡¯on
en est de la macro-¨¦conomie mondiale
et des cycles boursiers.
Les entreprises du CAC 40 font 72%
de leur chiffre d¡¯affaires ¨¤ l¡¯international.
Elles vont l¨¤ o¨´ a bosse, il y a toujours
un endroit dans le monde o¨´ a tra-
vaille. Et de rappeler que, m¨ºme si on
¨¦tait en petite r¨¦cession derni¨¨rement,
la croissance mondiale, celle qu¡¯il faut
regarder, ¨¦tait de 2,7% l¡¯an dernier, et l¡¯on
attend 3,1% en 2014. L¡¯Europe a ten-
dance ¨¤ se stabiliser voire ¨¤ se redresser,
les pays ¨¦mergents ne se portent pas si mal (avec
5,5%, le continent africain a la plus forte crois-
sance quoique disparate), et les Etats-Unis sont
en croissance depuis fin 2011. C¡¯est le moment
de s¡¯int¨¦resser au march¨¦ actions puisque, globale-
ment, dans le monde, a tourne de faon satisfai-
sante. D¡¯autant plus que chez nous, la bourse est
encore 40% au-dessous de son record historique
de 2001, c¡¯est dire le ph¨¦nom¨¨ne de rattrapage que
l¡¯on a ¨¤ faire. Ct¨¦ rendement, traditionnellement
de 2%, les actions rapportent presque 4% en ce
moment, ce qui est tout ¨¤ fait exceptionnel. Bref,
nous sommes indiscutablement en bas de cycle,
¨¤ un niveau o¨´ il faut acheter. Il ne faut pas faire
n¡¯importe quoi, il faut diversifier son patrimoine,
mais il faut augmenter son allocation actions, j¡¯en
suis certain. En rappelant toutefois que la bourse,
c¡¯est avec plusieurs ann¨¦es devant soi qu¡¯il faut la
consid¨¦rer¡­
Et le journaliste a fait un focus particulier
sur l¡¯¨¦conomie am¨¦ricaine. Ils ont trois soucis
majeurs : le budget 2014, la dette, et une ¨¦conomie
dop¨¦e par la Fed, qui y injecte 85Mds$ par mois.
Or on ne peut pas vivre shoot¨¦, il faut faire une
cure de d¨¦sintoxication... Bon point : la nomina-
tion de Janet Yellen ¨¤ la t¨ºte de l¡¯institution, tr¨¨s
appr¨¦ci¨¦e par les march¨¦s qui esp¨¨rent qu¡¯elle
saura sortir de cette politique accommodante sans
douleur. Trois soucis qui nuancent
pourtant une belle reprise : apr¨¨s la
ru¨¦e vers l¡¯or, il y a maintenant la ru¨¦e
vers le gaz de schiste. C¡¯est une v¨¦ritable
r¨¦volution ¨¦conomique : il y a cinq ans, il
repr¨¦sentait 30.000 emplois, aujourd¡¯hui,
c¡¯est 600.000 et dans cinq ans, un million,
soit presque 1% de la population active.
Le prix du gaz est quatre fois moins ¨¦lev¨¦
que la moyenne mondiale. Du coup les
Etats-Unis commencent ¨¤ relocaliser,
surtout les entreprises grosses consom-
matrices d¡¯¨¦nergie : la baisse du prix de
l¡¯¨¦nergie compense l¡¯¨¦cart de salaires. Et
ils exportent leur charbon, notamment
vers l¡¯Allemagne. Indiscutablement, le
gaz de schiste est tr¨¨s important. Et il
parat qu¡¯en France, on en a sous les
pieds pour des d¨¦cennies¡­ Ce qu¡¯il
faut, c¡¯est trouver un moyen propre de
l¡¯extraire. Il ne faut pas baisser les bras.
Ajoutez ¨¤ a l¡¯immobilier, reparti ¨¤ la
hausse, avec une diminution des stocks
et donc le besoin de construire, d¡¯o¨´ une reprise
potentiellement durable, et enfin l¡¯emploi : plus
d¡¯embauches, moins de licenciements et surtout,
des d¨¦missions qui augmentent. Paradoxalement
le signe que a va bien : si on ose d¨¦missionner,
c¡¯est que l¡¯on sait qu¡¯on aura une chance de retrou-
ver du travail. Trois facteurs qui font que l¡¯effet de
richesse est l¨¤ : l¡¯Am¨¦ricain ach¨¨te des actions et
Wall Street est ¨¤ son plus haut historique. Il gagne de
l¡¯argent, il consomme, et la croissance est repartie.
La croissance am¨¦ricaine est tr¨¨s importante, elle
peut ¨ºtre durable et entraner le monde entier.
Lizza Paillier
C
Autour de Jean-Pierre Gaillard, les organisateurs du colloque,
Patrick Levard et Jean-Yves Bessenay. Sur notre vid¨¦o,
Patrick Levard en dit plus sur cette manifestation.
orc¨¦ment d¨¦cal¨¦, le rapport final d¡¯Hubert
de Vauplane, inspir¨¦ malgr¨¦ la fatigue d¡¯un
voyage tourment¨¦ jusqu¡¯en Principaut¨¦. Si
l¡¯on a coutume de dire que la banque est
amorale (et non immorale), le raisonne-
ment n¡¯est pas si simple, et les multiples inter-
ventions, tout au long de ce 11 octobre, l¡¯ont lar-
gement d¨¦montr¨¦. Car, ¨¤ l¡¯instar de bien d¡¯autres
activit¨¦s commerciales, la faon dont une banque
se comporte peut aussi ¨ºtre immorale¡­ Avec un
b¨¦mol pour Me de Vauplane : plus que l¡¯activit¨¦
elle-m¨ºme, ce sont plutt les hommes qui l¡¯exercent
qui seront consid¨¦r¨¦s comme tels.
Toucher ¨¤ la morale, c¡¯est en aborder les nom-
breux rivages, qu¡¯elle soit religieuse, humaniste,
naturaliste, positiviste¡­ Il y aurait donc autant
de morales que de¡­ banquiers. Et les combinai-
sons possibles se multiplient. Petit rappel histo-
rique, avec l¡¯¨¦mergence d¡¯une banque aux r¨ºnes de
religieux m¨¦sopotamiens qui accordaient cr¨¦dits
aux paysans ant¨¦-d¨¦luviens. Le cr¨¦ancier ¨¦tait n¨¦,
et ce bien avant l¡¯apparition des premi¨¨res mon-
naies.
Une question taraude depuis anthropologues et
¨¦conomistes : qui, du cr¨¦dit ou de la monnaie,
a d¨¦but¨¦ les hostilit¨¦s ? Les avis divergent, et se
retrouvent autour d¡¯une date plus ou moins fix¨¦e
¨¤ -600 ans avant JC pour l¡¯apparition des pi¨¦cettes,
en Egypte, mais aussi en Chine ou en M¨¦sopota-
mie. Quant aux int¨¦r¨ºts et autres pr¨ºts, ils auraient
pr¨¦c¨¦d¨¦ l¡¯¨¦criture. Partir de si loin pour ¨¦voquer la
banque dans ses atours moraux ? Oui, sans doute,
car il aura fallu distinguer la monnaie du cr¨¦dit,
l¡¯une attach¨¦e ¨¤ l¡¯Etat comme attribut de
souverainet¨¦, l¡¯autre enchan¨¦ au commerce et aux
hommes. L¡¯autorit¨¦ juridique se heurte ¨¤ la bonne
volont¨¦ individuelle¡­ De quoi alimenter un d¨¦bat
sans fin. Que l¡¯Etat contrle la frappe de la mon-
naie, soit. Le cr¨¦dit, lui, hors cadre juridique, par
l¡¯interm¨¦diaire des banques, est sans fronti¨¨re.
La question est ailleurs. Et plurielle. Tout d¡¯abord,
doit-on toujours rembourser ses dettes ? Et pour-
quoi ? Certes, il y a une exigence juridique, n¨¦e du
contrat de pr¨ºt, mais si l¡¯on se place d¡¯un point de
vue moral ? Et tant pis si nos cultures de la vieille
Europe en souffrent, les USA, eux, ont tranch¨¦
par un proverbe dont ils ont le secret: si tu dois
100.000$ ¨¤ la banque, elle te tient. Si tu lui en dois
100 millions¡­ tu la tiens. CQFD.
C¡¯est dans l¡¯¨¦tymologie que se trouve une
r¨¦ponse: cr¨¦dit, de credere (croire) ; dette, de debere
(devoir), die Schuld dans la langue de Goethe (le
p¨ºch¨¦, la faute), tout nous renvoie ¨¦troitement
¨¤ la religion, ¨¤ ce sentiment de culpabilit¨¦ per-
manent d¨¦velopp¨¦ par le christianisme occiden-
tal, compl¨¨te Hubert de Vauplane. D¡¯ailleurs, ne
parle-t-on pas de dette morale par opposition
¨¤ la dette financi¨¨re? La dette morale engage
l¡¯honneur du d¨¦biteur, sa consoeur financi¨¨re
ne rel¨¨ve que de la confiance accord¨¦e par le
pr¨ºteur au d¨¦biteur. La dette d¡¯honneur est hors
champ commercial, l¨¤ se loge la diff¨¦rence. La
dette financi¨¨re, par contre, est quantifiable. A
l'¨¦chelle d'un Etat, elle peut se transformer en
¨¦meutes, voire en r¨¦volution. Elle peut m¨ºme
s'av¨¦rer "odieuse" et pourquoi pas s'envoler... L¨¤,
plus d'obligation, ni juridique, ni morale. Et si
morale il y a, elle tiendra en quelques lignes : la
banque moderne, post XVIIIe, est devenue trop
commerciale et pas assez humaine. Le d¨¦samour
est consomm¨¦, et le banquier puni. "Pr¨ºter ne doit
pas ¨ºtre seulement un calcul financier", pr¨¦vient
Hubert de Vauplane. Visiblement sans trop y
croire...
Isabelle Auzias
Etaient pr¨¦sents Philippe Narmino, pr¨¦sident du Conseil
d'Etat, le doyen Philippe Neau Leduc, directeur scienti-
fique du congr¨¨s, professeur ¨¤ Paris-Panth¨¦on-Sorbonne,
Mesdames Porasso et Buisson (CCIN, SICCFIN), et quelques
sommit¨¦s locales et nationales, comme le doyen Patrick
Rampal, Me Ezavin, Alain Ghozi, Pauline Pailler, Michel
Santi,Antoine gaudmet, Dominique Legeais, Marina Teller,
Franois Capdeville, Bertrand Brehier...
Colloque >
Banque et morale, meilleures ennemies ?
Vaste sujet que celui choisi cette ann¨¦e par l¡¯AEDBF Monaco pour son traditionnel rendez-vous. Et beaucoup d¡¯¨¦rudition
piment¨¦e d¡¯humour pour la synth¨¨se de Me Hubert de Vauplane (Kramer Levin Paris), en fin de travaux.
F
Me Hubert de Vauplane en magistral conf¨¦rencier.
Sur notre vid¨¦o, rles et fonctions de l'AEDBF
avec Me Jean-Marie Canac.